Éthiopie : La lutte pour la terre met la pression sur les planteurs de café (Trust)

26 November 2018
A translation for this article is available in English

Chaque mois, le planteur de café éthiopien Zelalem Tadesse effectue un voyage long et fatiguant pour se rendre au tribunal, en vue de se battre pour récupérer la terre qu’il a héritée de son père.

Pendant des années, ce père de trois enfants, âgé de 46 ans, a cultivé un petit lopin de terre situé en pleine forêt au sud-ouest de l’Éthiopie. Récemment, une exploitation de café commerciale voisine s’est agrandie, confisquant sa terre.

Monsieur Tadesse ne possède aucun titre foncier officiel. Même si l’Éthiopie reconnaît certains droits coutumiers pour l’accès aux forêts, les autorités locales et les investisseurs les enfreignent souvent.

Il se rend régulièrement dans la ville voisine de Jimma et, plus récemment, dans la capitale Addis Abeba, pour se battre pour sa terre. Il déclare : « Lorsque je vais pour réclamer ma terre, cela coûte très cher….Cette terre c’est toute ma vie. »

À Chira, une petite localité montagnarde, ses voisins et lui vivent de la culture du café. Toutefois, ils se plaignent des investisseurs commerciaux qui saignent à blanc leurs sources de revenus dans les forêts anciennes de la région.

Depuis 2014, beaucoup de paysans dénoncent les expropriations de terres et les dédommagements inadéquats y afférents. Face à cette situation, le gouvernement a décrété l’état d’urgence et désigné au bout du compte un nouveau premier ministre, Abiy Ahmed, en avril dernier.

L’ami de monsieur Tadesse, Tilahun Mamo, a intenté une poursuite contre un investisseur de café local pour lui avoir injustement dépossédé de sa terre. Il déclare : « C’est un problème qui dure depuis sept ans maintenant. J’ai demandé un dédommagement, mais ils m’ont ri au nez. Il n’y a eu aucun dédommagement. »

Il affirme que la société de café a promis des emplois, un accès routier, l’électricité et un centre de santé, mais rien de tout cela n’a été fait.

En Éthiopie, toutes les terres, y compris les forêts, appartiennent officiellement à l’État. Cela fait qu’il est plus facile de déposséder les agriculteurs.

L’Éthiopie est le premier producteur de café d’Afrique et cette fève est le gagne-pain de plus du quart de la population. La concurrence pour les rares terrains est souvent féroce dans les forêts du sud-ouest de l’Éthiopie.

Cette région serait le berceau du café. Cependant, depuis quatre dernières décennies, un tiers du couvert forestier de la région a disparu en raison du défrichage à grande échelle ou des intrusions paysannes à plus petite échelle.

La taille des planteurs de café commerciaux varie et ils peuvent eux-mêmes être vulnérables. Tola Gemechu Ango de l’Université de Stockholm a étudié la culture du café dans la région. Selon lui, 1 500 hectares de forêts dans le district de Gera ont été cédés à des sociétés privées, mais au moins trois d’entre elles ont fermé ou n’ont pas réussi à exporter de café. Seuls 13 planteurs ont été dédommagés.

Monsieur Tola déclare : « Les terres forestières sont plus en danger que les terres agricoles, du moins dans cette situation. Les planteurs se sentent moins en sécurité, car ils se disent que le gouvernement peut reprendre la forêt à tout moment, en les dédommageant très peu. »

Certains investisseurs de café travaillent avec les communautés locales, dédommagent les planteurs pour leurs terres ou installent l’électricité et des centres de santé dans la région.
Les experts plaident pour des approches différentes, dont la gestion participative des forêts qui accordent aux associations des planteurs locaux le droit de continuer à gagner leur vie grâce à la forêt tout en contribuant à l’arrêt de la déforestation.

Mulugeta Lemeneh est le chef des programmes de l’ONG internationale Farm Africa en Éthiopie. Il déclare : « Il est facile de blâmer simplement les investisseurs. Mais pour un pays pauvre comme l’Éthiopie, les solutions de rechange à l’utilisation de nos ressources naturelles ne sont pas aussi nombreuses. Ce qu’il nous faut, c’est un investissement responsable. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « Competition over land squeezes Ethiopia’s coffee farmers, » initialement publié par la Thomson Reuters Foundation. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20180906105959-3ptnm/.

Photo : Café arabica dans les forêts du sud-ouest de l’Éthiopie. Mention de source : Thomson Reuters Foundation / Tom Gardner