Madagascar : Les riziculteurs demandent au gouvernement de réparer les infrastructures après des catastrophes naturelles

15 Octobre 2018
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Monsieur Haja descend péniblement de son lit et quitte la chambre en titubant. Il est trois heures du matin et il doit sortir pour se rendre au travail sous le froid glacial. Il ne fait que 13 degrés Celsius.

Monsieur Haja a 42 ans et habite à Ambohitsoa, une localité située à 20 kilomètres du centre-ville d’Antananarivo, la capitale de Madagascar. Il est receveur de bus sur la ligne qui relie la commune urbaine d’Alasora et Antananarivo ville, et il parcourt environ cinq kilomètres à pied pour se rendre au terminus du bus. D’ici qu’il arrive, il est souvent très fatigué et presque toujours en colère : « Je me sens vulnérable et la peur ambiante me torture, car la ville est connue pour sa criminalité dans les rues. Chaque matin, au réveil, je prie pour que ma rizière redevienne exploitable. »

Monsieur Haja gagnait bien sa vie en tant que riziculteur, avec un revenu annuel de trois millions d’ariarys (860 $ US). Devenu receveur, il a vu ses revenus diminuer de moitié, et il n’arrive plus à subvenir aux besoins de sa femme ni de ses cinq enfants.

Il avait l’habitude de cultiver du riz sur une exploitation agricole à Ambohitsoa. Il avait construit une maison et envoyé ses cinq enfants dans une école privée. Ils étudient aujourd’hui dans une école publique qu’il peine à payer.

Les difficultés ont commencé en février 2015, lorsque deux semaines de pluies fortes inondèrent jusqu’à 70 % de la capitale. La production rizicole sur les plaines d’Antananarivo fut gravement touchée, avec 90 % des cultures qui furent inondées. La rizière que monsieur Haja avait cultivée pendant 17 ans fut engloutie. Il perdit toute sa récolte.

Monsieur Haja investit l’équivalent d’un an de revenu pour construire un canal d’évacuation des eaux de pluie pour relancer la rizière. Mais la grande sécheresse survenue au début 2017 a été suivie du cyclone Ava en janvier 2018, et ces catastrophes naturelles plombèrent ses efforts. Sa rizière fut de nouveau inondée. Le canal céda sous la pression des eaux, et il abandonna sa rizière.

Les riziculteurs et les rizicultrices utilisent la majeure partie des périmètres irrigués de la capitale pour cultiver du riz. Les infrastructures de gestion de l’eau telles que les barrages, les bassins, les canaux et les systèmes de drainage atténuent les impacts des crues et des inondations sur les parcelles. Grâce à ses structures, les champs des riziculteurs et des rizicultrices ne reçoivent ni trop d’eau ni trop peu d’eau. Mais la plupart des structures ne sont pas bien entretenues.

Rivo Nasolonjanahary a également abandonné sa rizière à Ambohidreny pour devenir receveur de bus. Il a 37 ans.

Monsieur Nasolonjanahary appelle le gouvernement à aider les riziculteurs et les rizicultrices. Il déclare : « Il faut que les autorités réhabilitent les [infrastructures de gestion de l’eau] dont les plus récentes datent des années 1980. Cela pourrait nous aider à mieux résister aux inondations et aux cyclones, et contribuer à un meilleur rendement quand nous reprendrons la riziculture. J’ai hâte de quitter ce pauvre travail qui nous lessive pour rien. »

Julot Herman Randriamanalina est l’assistant technique de la Cellule de Prévention et Gestion des Urgences au bureau du premier ministre de Madagascar. Il soutient qu’il est impératif de rénover les infrastructures de gestion de l’eau et d’appliquer les normes malgaches en matière de construction d’infrastructures hydroagricoles contre les crues et inondations. Il ajoute : « L’avenir de la production rizicole nationale et la protection des riziculteurs en dépendent. »

Les événements météorologiques tels que les cyclones intenses, les sécheresses et les pluies fortes sont devenus monnaie courante en Afrique subsaharienne, et les agriculteurs et les agricultrices peinent à s’y adapter.

Monsieur Haja et monsieur Nasolonjanahary souhaitent retourner à leurs champs pour retrouver leur ancienne vie, et ce, pour leur propre bien-être et celui de leurs familles.