Congo-Brazzaville : Des villages rasés et des champs à l’abandon attendent les personnes déplacées du Congo (IRIN)

10 September 2018
A translation for this article is available in English

Pendant près de deux ans, la région du Pool, au Congo Brazzaville, a été parsemée de postes de contrôle des milices et de l’armée.

Plus de 100 000 personnes ont fui leur village durant le conflit de 2016-2017 qui opposait l’armée congolaise aux rebelles « Ninja ». Beaucoup ont fui vers la capitale, Brazzaville, à 50 kilomètres à l’ouest de la région du Pool. Maintenant, les gens rentrent chez eux après la signature de l’accord de paix de décembre.

Toutefois, pour les personnes déplacées, un retour à la maison signifie un retour à la disette. Les groupes armés ont détruit les écoles, les maisons et les villages. Les centres de santé sont dépourvus de personnel.

Yvonne Massembo est originaire de la ville de Goma Tsé Tsé au sud. À 70 ans, elle s’est enfuie à Brazzaville à cause du conflit et vit toujours là-bas. Pour elle, retourner dans son village pourrait lui compliquer encore davantage la vie.

Lors du conflit, un voleur a subtilisé le toit de sa maison. Sa maison s’est écroulée. Le matériel de l’hôpital local a été pillé. La pirogue qu’elle utilisait pour traverser la rivière Djoué afin de se rendre sur sa ferme a été détruite.

Elle déclare : « Si j’y retourne, que vais-je avoir à manger? Il n’y a rien qui reste. Toutes les maisons ont été brûlées. »

Outre la peine que lui cause l’éloignement de son bercail, le prix des denrées de base telles que le manioc et le riz ont augmenté vertigineusement durant les années du conflit. Les champs sont devenus peu sûrs et les agriculteurs ont raté deux saisons de plantation. Actuellement, plusieurs villageois n’arrivent plus à se nourrir.

La forte hausse des prix des denrées alimentaires pousse beaucoup de gens à retourner dans leurs champs. Le Programme alimentaire mondial estime que, dans des localités telles que Kimba, presque tous les habitants qui avaient été déplacés sont revenus.

Jean-Martin Bauer est le directeur de pays du Programme alimentaire mondial au Congo-Brazzaville. Monsieur Bauer a récemment rencontré une femme dans un centre de santé près de la capitale. Elle était revenue au Pool, mais était repartie peu de temps après parce qu’elle ne trouvait rien à manger. Monsieur Bauer explique : « À son retour, elle a déclaré qu’il n’y avait rien là-bas. Son enfant était mal alimenté, par conséquent, elle a dû rentrer à Brazzaville. »

Monsieur Bauer affirme que seuls les hommes retournent pour s’occuper de leurs cultures. Leurs familles restent dans des lieux plus sûrs.

Dans l’accord de décembre, les milices congolaises avaient convenu de démobiliser, démanteler leurs postes de contrôle et de rendre leurs armes. En échange, le gouvernement avait promis de laisser circuler librement le chef des Ninja Frédéric Bintsamou, connu sous le nom du Pasteur Ntumi. Aucun affrontement n’est survenu depuis décembre. Cependant, le Pasteur Ntumi se cache toujours dans les forêts du Pool, et beaucoup de ses combattants n’ont pas déposé les armes.

Jusqu’à présent, les habitants du Pool ont reçu très peu d’attention et d’aide de la part du gouvernement.

Un homme qui se présente sous le nom de Makoudou vit à Brazzaville. Il déclare : « Je n’ai plus de toit et mon village a été saccagé. » Il affirme que sa maison, située dans un village près de Vindza dans la région du Pool, a été partiellement détruite par des bombes pendant le conflit, et les outils dont il avait besoin pour travailler ont été emportés.

Il déclare : « C’est cela qui m’empêche d’y retourner. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « Razed Villages and Empty Fields Await Congo-Brazzaville’s Displaced » publié par IRIN. Pour lire l’article original, cliquez sur : https://www.irinnews.org/analysis/2018/06/18/razed-villages-and-empty-fields-await-congo-brazzaville-s-displaced.

Photo: Les personnes déplacées à Loutete. Crédit: IRIN