Mali : Des agriculteurs profitent d’un programme pour récupérer les semences traditionnelles

13 August 2018
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Il est 10 heures du matin et des bruits de poules et d’autres petits ruminants animent la cour d’une ONG à Safo, une commune rurale en périphérie de Bamako, la capitale malienne. Amadou Diarra est assis à l’extrémité d’un long banc en bois.

C’est ici que monsieur Diarra a entendu parler d’agrobiodiversité, ainsi que de l’importance de la conservation de semences de bonne qualité.

Monsieur Diarra est un agriculteur originaire du village de Zorokoro dans la commune de Safo, et il préside la coopérative Dun kafa. En langue bambara, « Dun kafa » signifie « manger à sa faim ». Cette coopérative d’agriculteurs a été créée avec l’appui de l’ONG CAB Dèmèso, et Monsieur Diarra coordonne les activités de la coopérative.

Les agriculteurs et les agricultrices de Safo travaillent avec CAB Dèmèso et USC Canada en vue de préserver la biodiversité agricole et améliorer leurs moyens de subsistance. La sécurité semencière est un moyen pour y parvenir, y compris la mise en place d’une banque de gènes ou de semences.

Monsieur Diarra soutient que le programme de biodiversité agricole de CAB Dèmèso a enregistré de remarquables avancées dans la commune de Safo, dont l’amélioration de la quantité et la qualité de la production. Il affirme que les bonnes semences et les engrais biologiques étaient les raisons principales de ces améliorations.

Monsieur Diarra déclare : « Avant l’arrivée du programme, nous avions des difficultés à obtenir de bonnes semences. Les semences traditionnelles avaient été presque abandonnées en faveur des semences importées…. Par conséquent, le projet a appuyé et fait la promotion de nos propres semences qui sont généralement mieux adaptées aux conditions climatiques locales que les variétés importées. »

Dans le cadre du programme d’agrobiodiversité de CAB Dèmèso, les paysans et les paysannes se sont réunis pour sélectionner les variétés de bonnes semences à conserver. Durant le programme, chaque agriculteur et agricultrice a expliqué comment il ou elle sélectionnait ses semences, et, ensuite, les agriculteurs et les agricultrices ont choisi ensemble une seule technique de sélection de semences qui avait bien fonctionné pour eux tous. Ils ont commencé par une bonne variété. Au moment de la récolte, ils ont trié les meilleures semences ou boutures de cette variété et les ont conservées pour l’année suivante.

Abdou Bomba est le chef de programme de biodiversité agricole de CAB Dèmèso. Monsieur Bomba affirme que le programme fait la promotion de la sélection participative de variétés dans les communautés. Il explique : « La sélection variétale participative est un processus qui permet aux agriculteurs de tester et sélectionner de nouvelles variétés céréalières et maraîchères afin de les introduire dans leurs systèmes de production. Ils sélectionnent ces variétés en fonction de leurs besoins et leurs préférences. »

Il affirme que le processus comprend cinq étapes :
Premièrement : Les paysans et les paysannes expriment leur préférence pour les variétés suivant leurs propres critères, par exemple : la résistance aux insectes, aux oiseaux, à la sécheresse et aux maladies.

Deuxièmement : CAB Dèmèso, avec l’appui des centres de recherche nationaux, fournit les semences ayant ces caractéristiques aux paysans et aux paysannes.

Troisièmement : Les paysans et paysannes plantent les semences dans leurs champs à côté d’une variété locale qui pousse bien. Les paysans et paysannes utilisent leurs propres pratiques culturales, par exemple : au niveau des semis, du sarclage, de la fertilisation, etc.

Quatrièmement : Lorsque les plantes parviennent à maturité, les agriculteurs et les agricultrices évaluent la performance de chaque variété, et ce, sur la base de critères particuliers.

Cinquièmement : Une évaluation culinaire des différentes variétés est effectuée. Les agriculteurs et les agricultrices préparent un type de plat avec chaque variété et le dégustent. Après ces étapes, les paysans et paysannes choisissent les variétés qui correspondent le mieux à leurs préférences.

Tout au long du processus, les ONG et les chercheurs accompagnent les agriculteurs et les agricultrices dans la collecte et l’analyse des données. Cependant, ce sont les paysans et les paysannes qui prennent toutes les décisions.

Sitan Diarra est membre de la coopérative Dun kafa et du comité de gestion de la banque de gènes ou de semences communautaire. Une des tâches du comité consiste à conserver les semences dans la banque dans l’objectif d’approvisionner les agriculteurs et les agricultrices en semences en début de saison pluvieuse. Madame Diarra affirme qu’il existe plusieurs variétés, mais qu’elle préfère se concentrer sur les semences locales traditionnelles, afin qu’elles ne disparaissent pas de la zone. Il s’agit principalement de variétés d’arachides, de maïs, de sorgho, de niébé et de wandzou (pois de terre).

Madame Diarra affirme qu’il y a plus de femmes que d’hommes dans les coopératives et que les femmes jouent un rôle important. Elles participent activement au programme, car il leur permet de gagner de l’argent pour elles-mêmes. Grâce au programme, les femmes entendent parler de la production semencière, l’entretien des pépinières et des techniques de production des semences d’oignon, de piment et de courgette.

Elle ajoute : « Autrefois, il n’y avait pas d’interaction entre les femmes et les hommes. Mais dans le cadre de ce programme, nous partageons les idées et discutons de nos activités. »
Désormais, les agriculteurs et les agricultrices comme madame Diarra peuvent accéder facilement aux semences à partir de la banque de semences communautaire qui germent et produisent bien dans leur région.

La présente nouvelle a été produite avec l’appui de The McLean Foundation.
RRI aimerait également remercier USC Canada et son partenaire local, CAB Dèmèso, pour leur soutien dans la production de la présente nouvelle.

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