Burkina Faso : Pour Maman Suzanne il n’est jamais trop tard pour bâtir une nouvelle entreprise ou une maison

07 August 2018
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Le soleil se lève à peine, et Suzanne Ouédraogo se trouve au milieu d’une concession où elle répare une des roues de sa charrette. Depuis qu’elle utilise un « taxi moto », qui est en fait une moto, pour transporter des marchandises, madame Ouédraogo doit répéter cette opération presque chaque jour. À L’instar de plusieurs « taxis-motos » qui transportent des marchandises à Ouagadougou, la moto bleue est usée.

Chaque matin, madame Ouédraogo démarre difficilement la motocyclette. Elle maudit l’ancien propriétaire, en disant : « Le commerçant qui me l’a vendue a abusé de ma naïveté et m’a vendu une épave. »

Madame Ouédraogo est une grand-mère de 60 ans connue dans le quartier Wayalguin de Ouagadougou, où les gens l’appellent « Maman Suzanne. » Installée sur sa moto, elle se faufile presque tous les jours parmi ses collègues hommes pour ramasser du sable, du gravillon et des cailloux ou de la latérite dans une carrière située à environ six kilomètres de la ville. Sa fille Florence Sawadogo affirme que sa mère entend souvent des commentaires déplacés, mais qu’elle les ignore : « On a beaucoup souffert de la médisance des gens. Mais cela n’a pas découragé notre maman. »

Le courage et la détermination de madame Ouédraogo forcent plusieurs hommes à admirer sa bravoure. Boukaré Sawadogo la connaît depuis qu’elle a démarré son activité avec la moto. Il déclare : « Madame Ouédraogo est une femme qui travaille dur, elle n’est pas du tout paresseuse. Je ne peux pas dire du mal d’elle. Elle a construit sa maison elle-même. Elle vaut mieux que beaucoup d’hommes, et je la respecte. »

La livraison du sable et du gravillon n’est pas la première activité commerciale de madame Ouédraogo. Quand elle est rentrée de la Côte d’Ivoire, il y a plus de 20 ans, elle a obtenu un prêt de 250 000 francs CFA (445 $ US dollars) pour démarrer une petite activité. Elle achetait du manioc, des ignames, de la patate, des tubercules et des céréales sur des marchés situés à une centaine de kilomètres de Ouagadougou et les vendait dans la capitale, pour un revenu moyen de 100 000 francs CFA (180 $ US) par mois.

Elle a remboursé son prêt et a acheté un terrain sur lequel elle a construit elle-même une maison, raconte Félix, un de ses fils. Il se souvient que la maison « était tordue. Quand il pleuvait, on était assis, et on ne dormait pas de peur que la maison s’écroule sur nous. Les uns tenaient la porte et les autres les chevrons jusqu’à ce que l’orage passe. »

Avec l’âge, madame Ouédraogo n’avait plus assez de force pour grimper sur les camions qui transportaient les légumes qu’elle achetait à Ouagadougou. Mais elle tenait à offrir à ses six enfants une maison décente. Après avoir frôlé la mort lorsqu’un camion dans lequel elle voyageait s’est renversé, elle décida de chercher un autre travail.

Elle s’est tournée dans le ramassage et la vente de sable, de cailloux et de gravier qui lui rapportait juste 2 000 francs CFA (environ 3,504 $ US) par jour. Malheureusement, cela ne lui permit pas de réaliser son ambition d’avoir une meilleure maison.

Donc, madame Ouédraogo a demandé un crédit plus important et a acheté deux charrettes pour transporter et livrer les matériaux qu’elle ramasse à la carrière. Elle déclare : « Le sable se vendait bien, et j’arrivais à m’occuper de mes enfants et à économiser. Mais j’ai pu avoir un autre crédit d’un million de francs CFA (1 780 $ US) pour me lancer dans le transport, et une autre partie m’a aidé à agrandir un peu ma maison. »

Bien qu’elle ne soit plus aussi jeune, Maman Suzanne continue de conduire sa vieille moto. Elle a l’intention de faire l’élevage, d’ouvrir une boutique, d’acheter un autre taxi moto et de recruter des jeunes pour le conduire. En attendant, ses proches et ses collègues hommes voient en Maman Suzanne une « héroïne et une super woman. »