Tanzanie : Des agriculteurs choisissent les méthodes biologiques malgré les difficultés du marché

30 July 2018
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Tenant une botte de menthe dans le creux de sa main, un homme souriant en tricot bleu foncé déclare : « Les gens m’appellent monsieur Spice. »

Monsieur Spice est un cultivateur d’épices biologiques d’Arusha, au nord de la Tanzanie qui se prénomme aussi Samson Laizer.

Monsieur Laizer transporte des épices d’un lopin de terre situé près du Mount Meru Hotel jusqu’au marché fermier d’Arusha. Sa riche collection de plantes aromatiques telles que la lavande, le basilic et la marjolaine lui ont valu le surnom « Monsieur épices. »

Monsieur Laizer a commencé à travailler avec une entreprise sociale surnommée Mesula après avoir constaté, selon eux, la quantité « excessive » de pesticides que les paysans et les paysannes appliquaient sur leurs cultures.

Il affirme qu’au lieu d’attendre les 14 jours recommandés après la pulvérisation pour s’assurer que les cultures pouvaient être consommées sans danger, les agriculteurs et les agricultrices étaient si impatients qu’ils vendaient les denrées avant la fin de la période de 14 jours. C’est ce qui, explique-t-il, l’a poussé à travailler avec Mesula.

Il ajoute : « Les gens tombent malades à cause de ces produits chimiques qui peuvent être mortels pour l’être humain. »

Monsieur Laizer fait remarquer que beaucoup de produits agricoles peuvent résister sans pesticides. Les herbes et les épices n’ont généralement pas besoin de protection, car elles ont une capacité naturelle à repousser les organismes nuisibles.

Steven Matthew Loy est coordonnateur de programme à Mesula. Il déclare : « L’agriculture biologique protège l’écosystème et les habitats d’animaux. L’agriculture conventionnelle tue même les bons insectes. »

Monsieur Loy ajoute : « Comme les [revenus] des communautés locales sont moins élevés, les Tanzaniens ont l’impression que les prix des denrées biologiques sont un peu élevés. Mais il y a trois semaines, j’ai acheté du brocoli ici à Mesula, plus précisément un demi-kilo à 1 500 shillings tanzaniens [0,66 $ US]. Puis, je suis allé au marché et que j’ai trouvé que le demi-kilo de brocoli coûtait 2 000 shillings tanzaniens [0,88 $ US]. »

Récemment, Mesula a communiqué avec des gens de l’industrie touristique, pour tenter de rendre leurs produits biologiques plus accessibles aux touristes.

Monsieur Loy déclare : « Nous avons tenté de nouer des contacts avec les hôtels. Mais ils semblent s’intéresser plus aux profits qu’à la santé de leurs clients. »

Nadia Lampkin est analyste en recherche et en politique au Forum des acteurs agricoles non étatiques, un réseau de groupements agricoles commerciaux, d’ONG et d’associations paysannes tanzaniennes dirigé par les membres. Madame Lampkin travaille en étroite collaboration avec les secteurs de l’agriculture biologique et du tourisme. Elle pense que l’industrie du tourisme ne réalise tout simplement pas la valeur marchande des produits biologiques à long terme.

Elle déclare : « Les touristes n’ont que pour seuls lieux de restauration les hôtels et les restaurants. S’il y avait plus de sites d’hébergement, cela permettrait aux touristes préoccupés par la façon dont sont cultivés leurs aliments d’acheter leurs produits agricoles et de rechercher des produits biologiques. À mon avis, l’industrie touristique ne facilite pas les choses. »

Elle affirme qu’une sensibilisation s’impose avant tout pour un rapprochement entre les secteurs du tourisme et de l’agriculture biologique. Une plus grande visibilité des bienfaits que procurent les aliments biologiques et plus d’informations sur les pratiques de l’agriculture conventionnelle pourraient stimuler la demande pour les produits biologiques chez les touristes.

Pour l’instant, la demande pour les produits biologiques est en hausse à l’étranger. Selon la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique, la Tanzanie est le sixième pays à avoir le plus grand nombre de producteurs biologiques certifiés dans le monde, et le deuxième en Afrique, juste derrière l’Ouganda.

Mais pour que les Tanzaniens et les Tanzaniennes puissent exporter leurs cultures biologiques, ils doivent faire une demande de certification biologique. Madame Lampkin soutient que, pour beaucoup d’agriculteurs et d’agricultrices, le coût élevé de la certification n’est pas une option réaliste. Or, sans certification, il est impossible aux agriculteurs et aux agricultrices de pénétrer le marché international des produits biologiques.

Elle déclare : « … sans certification, ces agriculteurs n’obtiennent pas les prix forts que reçoivent leurs collègues certifiés qui vendent essentiellement leurs produits agricoles sur les marchés internationaux. »

Madame Lampkin précise que les organisations telles que le Mouvement tanzanien d’agriculture biologique, ou TOAM, ne ménagent aucun effort pour appuyer les agriculteurs et les agricultrices biologiques tanzaniens. Elle cite en exemple une femme nommée Jessica pour démontrer comment les mentalités au sujet de l’industrie biologique changent. Madame Jessica a découvert les avantages liés à l’achat et la vente des produits biologiques dans le cadre de formations avec le TOAM. Actuellement, elle a une entreprise florissante de vente d’aliments biologiques à Dar es Salaam, la plus grande ville de la Tanzanie.

Bien que plusieurs Tanzaniens et Tanzaniennes rechignent à acheter des produits biologiques, monsieur Laizer gagne très bien sa vie grâce à ses herbes et ses épices biologiques. Avec ce qu’il gagne, il envoie ses trois enfants dans une école privée d’Arusha.

Monsieur Laizer déclare : « J’encourage les gens à utiliser les produits biologiques. J’aimerais peindre « Manger bio » suis un panneau immense. Les gens pensent qu’il n’y a pas de produits biologiques à Arusha, mais nous en avons à Mesula. »

Ash Abraham était une volontaire d’Uniterra basée à Arusha, en Tanzanie. Elle a produit la présente nouvelle en collaboration avec Abraham Godwin.

Uniterra Tanzanie travaille avec les partenaires locaux des sous-secteurs des fruits et légumes et du tourisme, en vue d’aider les jeunes et les femmes à avoir accès à de meilleures occasions économiques. Uniterra a accordé des fonds pour la production de la présente nouvelle. Uniterra bénéficie du soutien financier du gouvernement du Canada, par l’entreprise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca. Vous en saurez davantage sur et vous pouvez suivre Uniterra Tanzanie sur Facebook à facebook.com/wusctanzania.