Burkina Faso : Des femmes enceintes contournent des obstacles pour tirer profit des consultations prénatales

23 July 2018
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Edwige Sawadogo est assise sur un banc dans la grande salle d’attente du centre médical de Boussouma, à environ 100 kilomètres, au nord de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. D’autres femmes enceintes vont et viennent, et des éclats de rire du personnel médical rompent de temps en temps le silence qui règne dans les couloirs.

Madame Sawadogo est enceinte de sept mois. Elle attend son cinquième enfant, et est un peu inquiète. C’est la première fois que cette mère de 40 ans consulte un médecin. Pour dissiper son angoisse, elle bavarde avec les sages-femmes et tente de se rassurer.

Elle déclare : « Je n’ai pas de problèmes de santé, je mange bien, je prépare mon dolo, et tous les trois jours, je me rends au marché pour vendre ça. Donc, je ne trouve pas nécessaire d’aller en consultation. »

Madame Sawadogo vend du dolo, une bière locale. Elle affirme n’avoir pas eu le temps de voir un médecin durant les six premiers mois de sa grossesse. Mais, la garantie de recevoir des vaccins et de bénéficier de l’assistance des sages-femmes le jour de l’accouchement l’a convaincue de le faire.

Les femmes enceintes comme madame Sawadogo rencontrent beaucoup d’obstacles pouvant les empêcher de voir un médecin, y compris leur charge de travail, les croyances et les valeurs culturelles. Cependant, les professionnels de la santé offrent des services et des informations qui, espèrent-ils, encourageront les femmes à effectuer les visites prénatales.

Abibou Ouédraogo est tombée enceinte pour la deuxième fois quand son premier bébé avait moins d’un an. Les villageois(e)s et les agent(e)s de santé désapprouvent les grossesses rapprochées, et les mères sont stigmatisées. Madame Ouédraogo a dissimulé sa grossesse pendant les six premiers mois, et s’est rendue au centre de santé seulement lorsqu’elle ne pouvait plus cacher son ventre.

Elle déclare : « Je ne veux pas être la risée des autres femmes qui vont se moquer de moi et des agents de santé qui donnent des conseils pour éviter des grossesses rapprochées… C’est pourquoi je ne suis pas allée tôt à la consultation. »

Pour sa première grossesse, c’était différent. Après avoir participé à une cérémonie visant à annoncer officiellement qu’elle attendait un enfant, madame Ouédraogo a obtenu la permission de sa belle-famille de parler et de montrer sa grossesse.

Dans certaines régions du Burkina, il n’est pas rare de voir une femme demander l’approbation de son mari ou de ses parents avant de prendre d’importantes décisions. D’autres familles préfèrent également soigner leur belle-fille enceinte avec des remèdes à base de plantes plutôt que de la laisser aller consulter un médecin.

Sibiri Pascal Nébié habite à Godin, un village situé à 100 kilomètres, à l’ouest de Ouagadougou. Selon lui, les femmes enceintes ont plusieurs raisons pour ne pas avoir recourir aux services de santé pendant leur grossesse. Il explique : « Il y a des femmes qui ne veulent pas sortir de la maison en début de grossesse. C’est la faute du mari…. Il y a des hommes qui peuvent être un obstacle s’il est question d’argent. [Mais] la consultation est nécessaire pour des raisons de santé, et personne ne doit empêcher cela. »

Les multiples tâches ménagères de la femme constituent aussi parfois un frein selon madame Marie Oualbéogo, une autre habitante quinquagénaire de Godin. Elle soutient que la réalité dans beaucoup de villages est que les femmes sont les premières à se lever le matin et les dernières à se coucher. Elles vont chercher de l’eau, le bois de chauffe, préparent les repas et prennent soin des enfants. Madame Oualbéogo affirme que ces tâches les tiennent occupées toute la journée, ce qui leur laisse peu de temps pour se rendre au dispensaire. À ses dires, s’il y avait plus de centres de santé dans les villages, les femmes pourraient consulter plus facilement.

Elle ajoute : « Pour certaines, ce sont les occupations, et pour d’autres c’est la distance. Quand la femme n’a pas de temps et de moyen de déplacement, elle peut aller en retard en consultation et il faut revenir une autre fois, ça peut décourager. »

Justin Kaboré est l’infirmier-major du centre de santé de Godin. Il affirme que la consultation prénatale ne prend pas beaucoup de temps, et il pense que « le problème vient surtout du fait que beaucoup de femmes n’ont pas encore compris l’importance de la consultation prénatale. »

Mais les conséquences liées au fait d’attendre jusqu’à un stade avancé de la grossesse avant d’effectuer une consultation incitent certaines femmes à changer de mentalité pour diminuer le nombre de nouveau-nés qui meurent des suites d’une infection ou d’anémie pendant ou peu de temps après l’accouchement.

Les statistiques du ministère de la Santé du Burkina Faso révèlent qu’environ une femme enceinte sur cinq se rend régulièrement aux consultations prénatales. Cependant, les taux sont plus élevés à Godin, un village qui compte à peu 13 000 habitants. En 2017, la moitié des femmes enceintes du village avaient effectué une visite prénatale au centre de santé du village, bien que plusieurs n’aient pas atteint le nombre de consultations préconisées durant leurs grossesses.

Pendant une consultation prénatale, une femme enceinte peut apprendre comment protéger son bébé contre le paludisme et l’anémie. Depuis 2016, les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans bénéficient gratuitement de soins et de moustiquaires pour réduire le risque de paludisme qui constitue une cause principale de fausses-couches, de naissances prématurées et de bébés de faibles poids au Burkina Faso.

La présente nouvelle a été produite avec l’appui du gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, dans le cadre du projet « Projet d’Amélioration de la Santé des Mères et des Enfants. » Ce projet est mis en œuvre par Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC) en partenariat avec le BURCASO (Conseil Burkinabé des ONG, OBC et Associations de lutte contre les IST/VIH/SIDA) et le SEMUS (Solidarité et entraide mutuelle au Sahel).

Photo: Edwige Sawadogo et Justin Kaboré