Tanzanie : Apprendre les méthodes de l’agriculture de conservation par le biais d’associations paysannes

14 Mai 2018
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C’est une belle journée ensoleillée à la ferme de Martin Sawema, qui habite dans la ville de Mwanza, près du lac Victoria, au nord de la Tanzanie. Monsieur Sawema a 31 ans. Il a un diplôme universitaire et est l’agent d’information de la ville. En plus, il cultive le sésame et le mil dans la commune de Rorya.

Comme tous les agriculteurs et agricultrices, monsieur Sawema se heurte à divers obstacles. Il explique : « Le manque de pluie et d’engrais, et le fait de ne pas avoir de groupe électrogène pour irriguer influent sur mes rendements. »

Pour obtenir de l’aide, monsieur Sawema et quelques paysans et paysannes de sa région ont formé l’association Kilimo Ni Pesa (« L’agriculture c’est l’argent »). On ne trouve pas toujours d’agent(e)s de vulgarisation agricole dans les circonscriptions et les villages tanzaniens, et, parfois, les agriculteurs et les agricultrices doivent payer pour avoir des services privés ou sont obligés de s’en passer. Toutefois, depuis qu’ils se regroupent en associations, les paysans et les paysannes ont plus de chances de recevoir la visite d’agent(e)s de vulgarisation agricole pour leur offrir des conseils et des formations.

Monsieur Sawema s’intéressait à l’agriculture de conservation, mais ne savait pas où commencer exactement. Mais après avoir entendu parler de cette approche par le biais de Kilimo Ni Pesa, il a cessé de brûler ses résidus de cultures, et a commencé à alterner ses cultures.

Monsieur Dominick Ndentabura est agent de vulgarisation dans la commune de Rorya. Il raconte que lorsque les agriculteurs et les agricultrices se regroupent, c’est plus rapide et plus facile pour lui d’offrir des formations et d’autres services de vulgarisation.

Richard Nguvava est un responsable de Mtandao wa Wakulima Nyancha (Réseau des agriculteurs de Nyancha) ou MVIWANYA, qui fonctionne comme une coopérative et qui rassemble plusieurs petites associations, dont Kilimo Ni Pesa. Il soutient qu’avant que les paysans et les paysannes commencent à s’associer, il leur était difficile d’obtenir des conseils de spécialistes agricoles.

Monsieur Nguvava ajoute : « Les associations paysannes sont très importantes, car, grâce à elles, les agriculteurs peuvent échanger des informations concernant les pratiques agricoles modernes et des informations sur le marché, et ils deviennent des agriculteurs créatifs. Par exemple : [certains groupes] ont entamé l’agriculture de conservation pour préserver la terre. »

À ses dires, l’agriculture de conservation contribue à préserver la santé du sol, car elle améliore la structure des sols et les protège de l’érosion et des pertes d’éléments nutritifs. Deux façons dont les paysans et les paysannes peuvent faire cela avec l’agriculture de conservation consistent à maintenir le sol couvert en permanence et à perturber le sol le moins possible. Ces pratiques permettent d’augmenter la matière organique et les éléments nutritifs dans le sol.

Certains agriculteurs et agricultrices, comme monsieur Sawema, utilisent les résidus de culture de la saison précédente en guise de paillis plutôt que de les brûler. À défaut, ils cultivent de l’engrais vert ou des cultures-abri. Cela rend le sol plus productif plus longtemps.

Witness Elias est une mère de trois enfants qui vit dans le village de Bukama dans la commune de Rorya. Elle est membre de Tuinuane (« Entraidons-nous »), une association paysanne où elle partage et reçoit des informations sur les techniques agricoles, y compris l’agriculture de conservation.

Madame Elias tire profit de l’application des méthodes de l’agriculture de conservation qu’elle a apprises grâce à son association paysanne. Elle explique : « J’ai constaté un énorme progrès. Je paie maintenant les études secondaires [de mes enfants] et j’ai l’intention de construire une maison moderne. »

Elle affirme que la santé de son sol s’est améliorée après qu’elle a commencé à appliquer les méthodes de l’agriculture de conservation. Autrefois, elle brûlait ses résidus de culture et cultivait les mêmes denrées dans le même champ année après année. Après avoir entendu parler de l’agriculture de conservation par l’intermédiaire de son association paysanne, elle s’est mise à alterner ses cultures et à utiliser les résidus de culture comme paillis.

Cela a augmenté ses rendements. Elle déclare : « Avant … j’obtenais seulement trois sacs de maïs … mais maintenant je suis fière du fait que ma récolte puisse atteindre jusqu’à 10 ou 15 sacs de maïs par acre. »

Madame Elias soutient que cela lui coûte moins cher d’apprendre les techniques agricoles auprès des agent(e)s de vulgarisation par le biais de son association paysanne que si elle devait payer un(e) agent(e) privé(e).

Pour monsieur Sawema, travailler en groupe avec d’autres agriculteurs et agricultrices lui a permis d’accroître sa récolte. Il a utilisé le surplus de son revenu pour terminer la maison de sa mère. Il ne dépend plus entièrement de son salaire mensuel pour subvenir aux besoins de sa famille.

L’an dernier, il a récolté 10 sacs de mil et cinq sacs de sésame. Il a gagné 1 500 000 shillings tanzaniens (environ 650 $ US). Pour composer avec la mauvaise pluviométrie, il compte acheter un groupe électrogène pour l’aider à irriguer son champ.

Monsieur Sawema affirme aimer l’agriculture et est ravi que son rêve d’avoir une ferme se soit concrétisé.

La présente nouvelle a été produite avec l’appui de la Banque canadienne de grains dans le cadre du projet « Conservation Agriculture for building resilience, a climate smart agriculture approach. » Ce travail est financé par le gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca.

Photo: Martin Sawema à Rorya, Tanzanie