RDC : Des femmes recourent à l’agriculture pour se reconstruire après un viol

02 Avril 2018
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Munie d’un panier, Kahambu Kasolene emprunte le sentier long d’un kilomètre qui relie sa maison à son potager. Elle dépose son panier au milieu des plants d’épinard, puis soulève le pagne noué autour de sa longue robe pour éponger la sueur qui coule sur son visage.

Quelques herbes poussent entre les plants d’épinard. Elle les arrache en même temps qu’elle cueille de larges feuilles. À mesure que la journée avance, madame Kasolene commence à couper minutieusement ses épinards pour qu’ils entrent dans son panier.

Elle déclare : « Je dois être au marché ce soir pour les vendre. »

Madame Kasolene est dans la quarantaine et vit à Rubare, un village du territoire de Rutshuru, à l’est de la République démocratique du Congo. En 2011, son mari l’a abandonnée avec deux enfants mineurs après qu’elle a été violée à deux reprises par des hommes armés. Pour éviter de subir à nouveau des agressions sexuelles, elle a arrêté d’aller cultiver les champs éloignés du village. Isolée et encore traumatisée, elle vit constamment dans la peur et utilise un nom d’emprunt.

Pour subvenir à ses besoins et ceux de ses enfants, elle a commencé à cultiver des épinards sur une petite parcelle de 25 mètres carrés appartenant à une voisine.

Observant son panier avec émerveillement, elle déclare : « Même si mon jardin n’est pas très grand, j’y récolte continuellement parce que c’est bien entretenu. Ce potager me demande beaucoup de travail, mais il paie parfois, car je m’y investis beaucoup. »

Pendant la saison des pluies, madame Kasolene récolte chaque semaine trois bassines de feuilles d’épinards. La récolte diminue en saison sèche parce que les tiges des plants d’épinard se dessèchent.

Avec ses épinards rangés dans de petits paniers, elle s’installe au bord de la route, de l’autre côté de l’entrée du marché pour mieux attirer les client(e)s.

Madame Kasolene déclare : « Les épinards, c’est le légume le plus prisé des villageois ici. » Elle reste souvent tard le soir pour attendre les derniers client(e)s. Elle gagne environ 4 500 francs congolais (environ 3 $ US) chaque soir. Lorsqu’elle n’arrive pas à tout écouler, elle consomme une partie et conserve l’autre partie au frais pour le revendre le lendemain.

Madame Kasolene fait partie des nombreuses femmes de l’est de la RDC qui travaillent dur pour reconstruire leur vie après avoir survécu au viol. Depuis les années 90, la violence sexuelle est utilisée comme une arme de guerre dans les conflits armés qui perdurent. Après une agression sexuelle, les victimes sont souvent mises à l’écart ou rejetées par leurs familles et leurs communautés. Cela nuit non seulement à leur santé, mais également à leur bien-être économique.

Une femme se présentant sous le nom de Naomy a été violée lors d’un conflit armé dans l’est de la RDC en 2012. Elle se souvient d’avoir tellement souffert qu’elle se disait qu’il était préférable pour elle de mourir. Elle déclare : « J’étais terriblement mal à cause des blessures physiques et émotionnelles que j’avais subies. »

Depuis quelques années, Naomy élève des poules dans la région de Kiwanja, toujours dans le territoire de Rutshuru. Sa voisine qui l’a aidée à démarrer son activité. Maintenant, elle possède 10 poussins dans sa petite ferme. Elle déclare : « Cette activité m’a restaurée. »

Dans une cinquantaine de jours, les poussins pèseront chacun deux kilogrammes et seront prêts pour la vente. Elle vendra un poussin à 10 $ US.

Les revenus qu’elle tire de l’élevage ne suffisent pas encore à couvrir tous les besoins de sa famille, mais lui permettent de nourrir ses quatre enfants et payer leurs frais de scolarité.

Hortence Kalamatha est une assistante juridique qui travaille pour la Dynamique des Femmes Juristes ou DFJ, une organisation de défense des droits des femmes. Elle déplore le manque de suivi, de soutien social et d’emplois pour les femmes victimes de viol.

Elle affirme que les victimes souffrent pendant longtemps des stigmates du viol, et qu’elles méritent d’être suivies de près afin de pouvoir avoir une meilleure qualité de vie. 

Selon les statistiques du bureau local de la DFJ, au moins cinq femmes sont victimes de viol chaque mois sur le territoire de Rutshuru, qui compte 1,6 million d’habitants. Madame Kalamatha pense qu’en réalité ce nombre est beaucoup plus élevé, car beaucoup ont peur de parler de leurs expériences.

Madame Kasolene et madame Naomy sont déterminées à aller de l’avant et se reconstruire. Madame Kasolene a l’intention de se lancer dans la culture de champignons pour accroitre ses revenus. Elle est persuadée que cela permettra à tous ses enfants de terminer leurs études.