Zimbabwe : Les jeunes quittent la ferme en quête d’un avenir en ville (IRIN)

12 Mars 2018
A translation for this article is available in English

Il y a dix ans, la famille Mukute cultivait du maïs, des arachides et du tabac sur dix hectares, à Mazowe, à 60 kilomètres au nord-est de Harare, la capitale du Zimbabwe. Mais actuellement, leur champ est quasiment à l’abandon. Après le décès de leur père, les trois fils sont partis s’installer à Harare où ils travaillent comme vendeurs ambulants. Seule Elizabeth, leur sœur de 15 ans est restée pour aider leur mère sur la ferme.

Mais Elizabeth, elle aussi, songe à quitter le village.

Elle déclare : « Je ne peux pas rester coincée ici à cultiver, car ça demande beaucoup de travail.… Si je passe mon brevet des collèges l’année prochaine, ma mère et mes frères devront trouver de l’argent pour que je puisse passer le BAC, puis aller à l’université. »

Elizabeth ne se voit aucune perspective d’avenir à Mazowe. Elle rêve de devenir avocate et d’employer quelqu’un pour aider sa mère à la ferme.

Environ 60 % des 16 millions d’habitants du pays ont moins de 24 ans. Les villages se vident à mesure que les jeunes partent vers les centres urbains, les régions minières ou d’autres pays, à la recherche d’un emploi rémunéré. Très peu aspirent à devenir agriculteurs. Ce qui a des conséquences sur la sécurité alimentaire.

La mère d’Elizabeth, Laiza Mukute, cultive actuellement deux hectares, et peine à joindre les deux bouts. Elle n’a même pas les moyens d’acheter une nouvelle charrette à bœufs, et elle a vendu presque tout son bétail pour survivre.

Madame Mukute déclare : « Mes fils ne veulent pas entendre parler d’agriculture. Ils préfèrent vivre en ville, même si la vie n’y est pas non plus facile pour eux. »

Le désenchantement des jeunes par rapport à la vie en campagne est un phénomène visible hors des frontières du Zimbabwe.

Peter Wobst travaille sur la réduction de la pauvreté rurale à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Il explique : « Il est particulièrement difficile pour les jeunes Africains d’exercer un emploi productif…. Ils ont également peu accès aux terres, aux intrants, aux services financiers et aux marchés et sont peu impliqués dans les dialogues sur les politiques à mener. »

Wonder Chabikwa est le président du syndicat des agriculteurs commerciaux du Zimbabwe. Il affirme que les jeunes ont un grand rôle à jouer dans l’avenir de l’agriculture et la sécurité alimentaire du Zimbabwe. Mais, il déclare : « La plupart des jeunes ne semblent pas être attirés par l’agriculture et la majorité de ceux qui restent pour travailler la terre le fait à défaut d’autres options. »

Pour intéresser plus de jeunes à l’agriculture, certains experts pensent qu’il faudrait les encourager à cultiver des denrées commerciales plus rentables comme le tabac. Toutefois, monsieur Chabikwa affirme que le risque avec cette approche c’est qu’elle leur rapporte de l’argent, mais pas le maïs dont ils ont besoin pour se nourrir. Il prévient : « Si les jeunes se lançaient aveuglément dans la culture du tabac et des plantes ornementales, la sécurité alimentaire en pâtirait. »

Une consultation régionale sur les jeunes et l’agriculture, organisée en 2012, a indiqué que la mise en place de mesures d’incitation ciblant spécifiquement les jeunes, telles que l’octroi de prêts, ou le développement de technologies pour l’agriculture, pourrait éveiller l’intérêt de jeunes pour ce secteur.

La présente nouvelle est une adaptation d’un article intitulé
: « L’agriculture n’attire pas la jeunesse zimbabwéenne », publié par IRIN et disponible à l’adresse suivante : http://www.irinnews.org/fr/analyses/2017/12/27/l-agriculture-n-attire-pas-la-jeunesse-zimbabweenne, avec des extraits supplémentaires d’un article intitulé « Inciter les jeunes à s’engager dans l’agriculture » publié par Agriculture, Développement Rural et Jeunesse dans la Société d’information à l’adresse suivante : http://ardyis.cta.int/fr/partenaires/item/166-engaging-youth-in-agriculture.

Photo: Les enfants à l’école primaire Mototi, Zimbabwe. Crédit: IRIN / Jaspreet Kindra