Tanzanie : Des agriculteurs utilisent différents outils pour élargir les terres agricoles non labourées

26 Mars 2018
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Il est sept heures du matin, et Isaya Joseph travaille sur son terrain de deux acres. L’agriculture est sa seule source de revenus. Il déclare : « L’agriculture c’est mon métier. C’est ce qui nourrit ma famille et moi. »

Monsieur Joseph vit dans le village de Chihango, à environ 30 kilomètres de Dodoma, la capitale tanzanienne.

Bien que l’agriculture lui rapporte suffisamment pour subvenir aux besoins de sa famille, le changement climatique et les sécheresses prolongées des dernières années ont influé sur ses cultures et diminué ses récoltes. Pour y faire face, l’homme de 27 ans a commencé à pratiquer l’agriculture de conservation en 2015. Depuis lors, monsieur Joseph a cessé progressivement de labourer son sol et ses récoltes ont augmenté.

La culture sans labour est une pratique de l’agriculture de conservation qui consiste à cultiver sans perturber le sol par le labour. Dans plusieurs régions, cela réduit l’érosion du sol, augmente l’humidité du sol et améliore la santé du sol.

Monsieur Joseph affirme qu’il est difficile de passer de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture de conservation. Cependant, soutient-il, elle procure aux agriculteurs et aux agricultrices assez de nourriture pour leurs familles et un excédent qu’ils peuvent vendre.

Il ajoute : « Ce qui prend du temps c’est le labourage des trous de plantation pour y semer la denrée et ajouter l’engrais. Mais si vous commencez tôt dans la saison, je suis certain que vous pouvez couvrir une grande superficie. »

Monsieur Joseph est un des rares agriculteurs et agricultrices de sa région à s’être reconverti totalement à la culture sans labour ou l’agriculture de conservation qui exige très peu de labour. Il déclare : « À mesure que vous vous y engagez, c’est une méthode très facile d’adoption et moins coûteuse que le labour. »

Selon lui, les paysans et les paysannes peuvent adopter la méthode sans labour petit à petit. Il a commencé par un quart d’acre en 2015, et utilise désormais la pratique sans labour sur tout son champ de deux acres.

Monsieur Joseph affirme qu’en adoptant des pratiques de l’agriculture de conservation telles que la culture sans labour, l’agriculteur ou l’agricultrice a besoin d’outils tels que les houes pour creuser des trous de plantation, les cordes pour s’assurer que les lignes de plantation sont droites et un ruban pour mesurer la distance entre les trous et les rangées.

Mais l’utilisation de tels outils peut s’avérer coûteuse en temps. Il faut du temps pour creuser des trous de plantation sur une acre, et ce travail pénible dissuade certains agriculteurs et agricultrices de pratiquer l’agriculture de conservation sur une grande superficie.

Samwel Elinuru est l’agent de vulgarisation agricole de la région. Il recommande aux paysans et aux paysannes d’utiliser des outils comme la charrue de type Magoye, la charrue motoculteur électrique ou la charrue sous-soleuse pour déployer leur pratique de l’agriculture de conservation sur de plus grandes superficies.

La charrue de type Magoye est composée d’un manche attachée à un age normal, et sur ce manche est fixée une dent qui « déchire » une ligne profonde dans le sol lorsque deux bœufs la tirent. Elle pénètre profondément dans le sol, mais, contrairement à une charrue ordinaire, elle ne retourne pas la terre, ce qui peut entraîner une érosion du sol. La charrue motoculteur électrique est motorisée et travaille plus vite qu’une charrue de type Magoye.

Monsieur Elinuru soutient que le coût de la charrue motoculteur électrique varie entre 500 000 et 600 000 shillings tanzaniens (220 à 265 $ US), tandis que la charrue de Magoye coûte environ 70 000 shillings tanzaniens (30 $US).

Il ajoute : « Certains agriculteurs utilisent également du matériel motorisé, y compris des semoirs motorisés, mais ce type de technologie n’est pas encore très populaire ici. »

Monsieur Elinuru affirme que le gouvernement tanzanien a fait don d’une charrue motoculteur électrique et d’une charrue de type Magoye à chaque village pratiquant l’agriculture de conservation dans la région. Dans le village de Chihanga, une association paysanne a reçu un don. Chaque agriculteur et agricultrice paie 17 000 shillings tanzaniens (7,60 $ US) par acre pour utiliser le matériel.

Maintenant que les agriculteurs et les agricultrices ont accès à ce matériel, affirme monsieur Elinuru, plusieurs pratiquent l’agriculture sans labour. Il explique : « Je peux vous affirmer qu’au moins 80 % de nos agriculteurs ont élargi leurs parcelles non labourées d’un quart d’acre à plus d’une acre. »

Monsieur Joseph affirme que l’agriculture sans labour a transformé sa vie. En effet, les pénuries alimentaires ne l’inquiètent plus. Il a l’intention de trouver une grande exploitation où il pourra non seulement cultiver suffisamment de denrées pour nourrir sa famille grâce à l’agriculture de conservation, mais entreprendre également un projet commercial.

Ce travail a été produit avec l’appui de la Banque canadienne de grains dans le cadre du projet « Conservation Agriculture for building resilience, a climate smart agriculture approach. » Ce travail est financé par le gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca.

Photo: Samwel Elinuru montre un des outils pour l’agriculture de conservation