Niger : La formation agricole offre une chance d’emploi et d’autonomie aux jeunes déscolarisés (Le Monde)

12 Mars 2018
A translation for this article is available in English

Le visage de Youssoufa Yaou est blanchi par la poussière. Ce jeune de 15 ans, timide, vient d’achever une formation au centre intégré de formation agricole SIFA, à Lokoko, dans la région de Dosso, à l’ouest du Niger. L’ONG Swisscontact a formé 6 500 jeunes Nigériens dans quatre régions du pays dans le cadre du projet.

Youssoufa a quitté l’école après avoir échoué à son certificat d’études primaires. Il n’imaginait pas devenir agriculteur comme son père. Mais lorsque l’occasion lui a été offerte de suivre à la formation agricole, il n’a pas hésité.

Il déclare : « J’ai appris l’irrigation, le maraîchage, le greffage. Je connais plus de choses que mes parents maintenant. Je veux m’installer à mon propre compte et devenir un grand producteur. Je suis très fier d’avoir appris ce métier. »

Il a suivi une formation de huit mois, dont quatre au centre de formation et quatre dans son champ. Les participants à la formation doivent disposer d’une parcelle pour pratiquer ce qu’ils apprennent.

De tous les promotionnaires de Youssoufa, un seul a pu se rendre jusqu’en classe de cinquième. L’achèvement des études est un défi majeur au Niger. En 2016, plus de deux millions de jeunes Nigériens avaient abandonné leurs études ou n’avaient jamais été à l’école. Selon la Banque mondiale, le Niger a le plus faible taux de fréquentation scolaire d’Afrique subsaharienne.

Plusieurs jeunes dont les parents sont agriculteurs préfèrent quitter la campagne pour aller chercher du travail, car ils ne considèrent pas l’agriculture comme une source de revenus durable.

Saibou Garba Ali est responsable de la formation à Swisscontact. Il déclare : « Quand on a rencontré les jeunes agriculteurs, ils disaient tous qu’ils ne faisaient rien. Pour eux, l’agriculture n’était pas un métier. »

Samaïla Djimraou a 16 ans. Après avoir échoué à son examen de fin d’études primaires, il comptait partir au Bénin ou au Nigéria. Mais, grâce aux encouragements de son père, il a suivi la formation du SIFA. Il veut désormais appliquer ce qu’il a appris dans son propre champ.

Il déclare : « Au début, je pensais que mon père connaissait tout et maintenant, je vois des choses qu’il ne fait pas bien ou ne connaît pas. »

Le projet de Swisscontact vise à modifier la perception générale qu’ont les jeunes, selon laquelle l’agriculture n’est pas un vrai métier. La formation les prépare à travailler toute l’année dans une exploitation familiale.

Pour rendre les jeunes agriculteurs autonomes, le centre leur enseigne toutes les étapes de la culture maraichère, pluviale et arboricole [culture d’arbres], y compris la production de fourrage, et ce, des semis jusqu’à la récolte. Ils apprennent aussi à préparer leurs propres pesticides naturels à base des feuilles de neem, de savon, de piment et de tabac. Souley Mamane est responsable du volet production végétale. Il affirme que l’objectif est « de casser les coûts de production pour rester compétitifs. »

Les jeunes agriculteurs apprennent également à élever des moutons, des chèvres et de la volaille. Ils ont aussi été formés sur l’alimentation animale et l’hygiène vétérinaire.

Outre leurs activités agricoles, les participants suivent chaque jour des cours d’alphabétisation et de calcul de deux heures. Ces cours visent à les outiller pour qu’ils puissent gérer leurs comptes d’exploitation au sortir de la formation.

SIFA produit des semences et du fumier d’étable qu’il vend pour payer les repas des participants et couvrir d’autres dépenses. SIFA a également l’intention de commencer à montrer aux participants comment transformer certains aliments. Par exemple : les participants peuvent apprendre à transformer le manioc en tapioca ou le haricot en beroua, un plat local très prisé.

La présente nouvelle est une adaptation d’un article intitulé : « Au Niger, la formation agricole comme alternative à l’école, » publié dans Le Monde Afrique. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/02/04/au-niger-la-formation-agricole-comme-alternative-a-l-ecole_5251665_3212.html

Photo: Un champ pour les légumineuses en Tanzanie