Tanzanie : La transformation du manioc au village génère plus de bénéfices pour les agriculteurs

05 Février 2018
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Anna Macha est assise à l’ombre de sa boutique, dans le village de Kongo, à l’est de la Tanzanie, lorsqu’une femme s’approche et demande un kilogramme de farine de manioc. Mme Macha sourit pendant que la cliente tient le paquet vert et blanc au niveau d’une hanche et s’éloigne.

Mme Macha cultive du manioc sur une terre agricole de trois hectares près de son village, à environ 70 kilomètres, au nord de Dar es Salaam. En compagnie de quelques voisines, elle transforme la majeure partie de son manioc en farine et en fines tranches de frites. Selon elle, les bénéfices de la vente de ces produits dépassent ceux de la vente du manioc frais, et il en est de même du sentiment que suscite chaque vente chez elle.

Elle déclare fièrement : « Quand les gens viennent acheter, je me sens bien, car c’est nous qui les avons cultivés, nous les avons produits, nous les avons emballés et les gens viennent les acheter. »

Mme Macha fait partie des 17 membres de l’association paysanne Tupendane Tutapata. Outre l’exploitation agricole de sa famille, elle cultive aussi du manioc sur un terrain communautaire.

Les agricultrices coupent ensemble le manioc en lamelles, les font sécher au soleil, et les transforment ensuite en farine ou les font frire sous forme de chips. Les membres se relaient pour vendre leurs produits à la boutique. Elles vendent le sac d’un kilogramme de farine de manioc à 1 500 shillings tanzaniens (0,66 $ US).

Le même produit se vend deux fois plus cher dans un supermarché en ville, mais Mme Macha soutient que l’association n’a pas suffisamment d’argent pour les acheminer chez ces acheteurs potentiels.

Mme Macha et ses collègues agricultrices ont d’autres problèmes, y compris un ravageur surnommé inzi wa kijani ou mite verte. Elles veulent également faire un emprunt auprès de la banque pour acheter un tracteur, mais jusque-là, elles ont été incapables d’obtenir un prêt.

Pour développer leurs activités, les agricultrices veulent cultiver plus de manioc. Mais la population du village augmente et il n’y a plus de terres disponibles pour cultiver.

Malgré ces difficultés, Mme Macha affirme que la transformation du manioc a pour conséquence l’augmentation des bénéfices des agricultrices.

Selon Mme Macha, à chaque cycle de récolte, l’association paysanne dépense près de 200 000 shillings tanzaniens (89 $ US) par hectare pour les semences, les outils, l’entretien et l’emballage de ses produits. Elles gagnent environ un million de shillings (443 $ US) par hectare, ce qui leur laisse 800 000 shillings (335 $ US). Les agricultrices mettent une partie de côté pour couvrir les grosses dépenses telles que la machinerie, et elles se partagent le reste. Mme Macha et ses voisines récoltent du manioc deux fois par an.

Anna Macha in her shop

Le village de Masimba se trouve à 200 kilomètres plus loin au nord, caché parmi les collines humides et luxuriantes de la région de Tanga. Derrière un groupe de maisons en briques, les plants de manioc feuillus sont aussi hauts que le sommet des toits.

Il y a dix ans, les femmes de la région ont craint pour leur avenir. La maladie de la mosaïque du manioc avait détruit la grande partie de leur principale culture. Mais, maintenant, la communauté se porte bien.

Mohamad Rajabo explique : « Avant, quand on utilisait les variétés locales, nous étions la proie de la maladie de la mosaïque du manioc. Si nous étions restés avec les variétés locales, nous n’aurions plus pu cultiver du manioc dans cette région. C’était très grave. »

Ils décidèrent de former l’association Wambato qui regroupe 11 agriculteurs et 14 agricultrices. Ils ont adapté une variété de manioc résistante aux maladies appelée Kiroba. Les membres ont construit une petite usine de transformation de manioc dans le village, où ils tranchent les tubercules frais en chips et écrasent le manioc séché pour en faire de la farine.

Monsieur Rajabo affirme que Kiroba a de meilleures récoltes, se porte bien et qu’elle n’a pas succombé à la maladie jusque-là. Les familles locales gagnent un revenu supplémentaire en transformant leur manioc en chips et en farine qui génèrent plus de revenus que les tubercules.

S’ils gagnent assez de revenus durant la prochaine saison, les agriculteurs et les agricultrices de Wambato comptent remplacer leurs machines à découper et à moudre qui fonctionnent au diésel par de nouveaux modèles électriques. Ils veulent également acheter une machine de séchage afin que leur usine de transformation puisse continuer à fonctionner en saison pluvieuse.

Monsieur Rajabo regarde autour de son village, ses yeux se posent sur les nouvelles maisons rangées avec leurs toits métalliques. « Autrefois, nos maisons étaient construites en paille. Maintenant, nous pouvons nous permettre de construire nos maisons avec des briques. Et nous pouvons envoyer nos enfants à l’école. »

De retour à Kongo, Mme Macha a également les mêmes priorités. Depuis qu’elle a commencé a transformé son manioc, elle utilise le surplus de son revenu pour les réparations de sa maison et les frais de scolarité de ses cinq enfants. Elle parvient également à faire quelques économies, ce qui selon elle est une idée judicieuse, surtout pour les femmes qui autrement devraient dépendre financièrement de leurs maris.

S’appuyant sur une étagère en verre où sont alignés des sacs de farine de manioc, elle déclare : « Je recommande aux autres femmes de faire de même. Elles doivent essayer différentes choses pour avoir de l’argent pour leurs familles, plutôt que d’attendre que leurs hommes en gagnent pour elles. »

La présente nouvelle a été préparée avec l’appui du Fonds de stimulation des services de vulgarisation en informatique et en communications de l’USAID, par l’entremise du Fonds international de développement agricole en Tanzanie. Pour avoir de plus amples renseignements sur le Fonds, cliquez sur : https://www.ifad.org/