Kenya : Un réseau d’envoi de textos permet aux agriculteurs sans Internet d’échanger leurs idées (Trust)

11 Décembre 2017
A translation for this article is available in English

Un matin en février dernier, sur sa ferme de Meru, à l’est du Kenya, Catherine Kagendo a découvert qu’une de ses vaches était incapable de se tenir debout.

Elle se rappelle : « Elle était couchée sur le flanc, n’avait plus d’appétit et respirait difficilement. »

Avec son mari, elle décida de consulter WeFarm pour chercher de l’aide. WeFarm est une plateforme sur laquelle des petits exploitants agricoles échangent des informations et des conseils entre eux par le biais de messages textes.

Mme Kagendo a envoyé le texto suivant : « Une de mes vaches en lactation ne peut pas se lever. » Une heure plus tard, elle recevait une rafale de suggestions, dont : « Nourrissez votre vache avec des minéraux riches en calcium, » et « Assurez-vous que l’étable soit propre et bien sèche pour éviter que les animaux glissent. »

Mme Kagendo explique : « J’ai réalisé que notre vache souffrait de la fièvre vitulaire, donc je lui ai donné des aliments riches en calcium et elle était à nouveau debout au bout de quelques heures. »

Les experts agricoles locaux soutiennent que beaucoup de petits exploitants agricoles kényans manquent de bonnes informations sur la façon de gérer les problèmes, qui englobent aussi bien les périodes sèches que les maladies, entre autres. Souvent, ces paysans ne savent pas lire ou n’ont pas accès à Internet.

Par conséquent, les agriculteurs perdent parfois leurs récoltes ou leurs animaux.

WeFarm permet aux gens de poser des questions par SMS et de recevoir des conseils de leurs pairs. Les agriculteurs kényans ont commencé à utiliser cet outil en 2014. WeFarm a été récemment étendue à l’Ouganda et au Pérou.

Le service est gratuit et nécessite seulement un téléphone portable. Les paysans envoient des questions à un numéro local, et WeFarm transmet le message aux utilisateurs ayant des intérêts similaires dans la région, mettant ainsi à profit leurs connaissances.

Avant, lorsque ses animaux étaient malades ou ses cultures de maïs trop sèches, Mme Kagendo recrutait un agent de vulgarisation agricole pour l’aider. Elle explique : « Mais on devait payer des montants variant de 500 à 2 000 shillings kényans [5-20 $ US], et la plupart du temps l’agent n’expliquait même pas son diagnostic. »

Cette dépense réduisait le revenu de la famille et ne les aidait pas à comprendre les problèmes qu’ils subissaient.

Elle déclare : « Nous n’avons même pas les moyens d’avoir un téléphone intelligent pour aller en ligne, donc il était quasiment impossible d’obtenir des informations crédibles. »

Les fondateurs de WeFarm ont réalisé que des agriculteurs vivant à quelques kilomètres l’un de l’autre avaient les mêmes difficultés, mais n’avaient aucun moyen de communiquer là-dessus.

Mwinyi Bwika est le responsable marketing de WeFarm. Il déclare : « Nous voulons que les agriculteurs trouvent des solutions à leurs problèmes sans avoir besoin d’accéder à Internet, de sorte que tout le monde ait l’information. »

Bien que la plateforme WeFarm soit disponible en ligne, monsieur Bwika affirme que plus de 95 % d’utilisateurs y ont accès hors ligne.

Joseph Kinyua est un maraîcher originaire de Meru. Il utilise WeFarm pendant au moins 30 minutes chaque jour.

Il déclare : « J’y apprends toute sorte de choses, et ce, de l’utilisation de pièges pour lutter contre les ravageurs à la surveillance de mes gicleurs pour m’assurer qu’ils ne déversent pas trop d’eau. Et je sais que d’autres agriculteurs ont éprouvé et testé ces méthodes. »

Ces connaissances lui ont permis d’améliorer la qualité de son chou frisé. Monsieur Kinyua ajoute : « Désormais, au marché, je peux vendre le kilo à 70 shillings [0,66 $ US] comparativement à 50 shillings [0,47 $ US] autrefois. »

Monsieur Bwika explique que, bien que la plateforme puisse recevoir des dizaines de réponses à une question, elle envoie seulement à l’utilisateur un choix de réponses jugées correctes.

Il affirme que les questions et les conseils permettent également de localiser les épidémies de maladies et les sécheresses extrêmes. Monsieur Bwika soutient que WeFarm transmet des informations aux gouvernements et aux organisations non gouvernementales pour les aider à surveiller et gérer ces problèmes.

Cependant, tout le monde ne partage pas cet optimisme.

Mary Nkatha est une agricultrice originaire de Meru. Elle trouve difficile de mettre en pratique certaines recommandations qu’elle reçoit de WeFarm, à moins qu’un expert ne lui démontre pas de façon pratique comment s’y prendre.

Elle demande : « Si on me dit d’injecter quelque chose à ma vache, comment puis-je être certaine que je le fais au bon endroit? Et où puis-je trouver le matériel? »

Frederick Ochido est un consultant en élevage laitier installé au Kenya. Il craint que la plateforme pérennise les mauvaises habitudes des agriculteurs, plutôt que de les aider à s’adapter aux nouvelles tendances.

Plus de 100 000 personnes utilisent actuellement la plateforme WeFarm au Kenya, en Ouganda et au Pérou. Ses opérateurs espèrent toucher un million d’agriculteurs l’an prochain. Ils ont également l’intention de cibler d’autres pays, dont la Tanzanie.

Le présent article est adapté d’un article intitulé « Text message network connects offline farmers in Kenya, » publié par la Thomson Reuters Foundation. Pour lire l’article original, cliquez sur : https://news.trust.org/item/20170914000641-1q1en/

Photo: Apaikunda Andason de la village Kikwe en Tanzanie. Elle communique avec la station de radio en utilisant un téléphone intelligent