Congo : Blanche Bouanga est devenue une grande commerçante malgré sa séropositivité

27 Novembre 2017
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Il est 16 heures et le marché de Moungali à Brazzaville se vide peu à peu. Blanche Bouanga remballe ses produits tout en discutant avec ses copines. Elle porte un t-shirt sur lequel est inscrit « Femmes solidaires », le nom d’une association de femmes vivant avec le VIH.

Quelques minutes plus tard, elle sort son téléphone portable et fait un appel : « Allô monsieur Bouesso! C’est moi, Blanche! J’appelle pour vous dire que j’arrive demain à Louingui. J’ai besoin d’une planche de ciboules, une de piments, deux planches d’oseille rouge et trois paniers de mangues. »

En quelques secondes, elle fixe un rendez-vous avec un petit maraîcher. C’est ainsi qu’elle se procure les fruits et légumes qu’elle vend depuis trois ans. Cette activité assure une sécurité financière et donne un nouveau sentiment d’accomplissement à cette veuve séropositive.

Mme Bouanga se rappelle le tourment qu’elle a enduré il y a cinq ans. Pour commencer, son mari était mort. Ensuite, elle découvrait qu’elle est porteuse du VIH. Quelques mois plus tard, sa belle-famille lui demanda de quitter la concession qu’elle partageait avec eux. Elle partit avec quatre enfants, et ce, sans aucun appui.

À cette époque, Mme Bouanga vendait déjà quelques condiments au marché sur une petite table. Mais elle ne gagnait pas suffisamment d’argent pour couvrir les dépenses de la famille. C’est durant cette période qu’elle apprit l’existence de l’Association femmes solidaires.

Grâce à l’association, elle a rencontré d’autres femmes se trouvant dans sa situation et a obtenu de l’aide et des conseils. Une femme gagnait sa vie en vendant des légumes aux familles. Cela a motivé Mme Bouanga à vendre également des fruits et des légumes au marché. Une aide financière de 25 000 francs CFA (environ 50 $ US à l’époque) apportée par sa sœur cadette l’a aidée à se lancer.

Aujourd’hui, Mme Bouanga s’en sort mieux. Elle raconte : « Je m’en sors financièrement. Je tiens à soutenir les études de mes enfants jusqu’à leur indépendance. Je vis pour ça. »

Tant dans sa vie professionnelle que privée, Mme Bouanga ne cache pas sa séropositivité. Comme elle est une femme d’affaires fiable, les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales avec lesquels elle fait affaire apprécient son courage et aiment collaborer avec elle. Elle contribue également au changement des mentalités par rapport à ce que cela implique de vivre avec le VIH.

Jean Mbemba est maraîcher au village de Kombé. Cela fait trois ans qu’il vend ses produits à Mme Bouanga. Il se rappelle comment elle encourageait les gens à faire le test de dépistage lors d’une discussion sur le VIH et le sida dans le village. Elle avait cité son propre exemple comme la preuve vivante qu’en suivant un traitement, les personnes séropositives peuvent bien vivre. Monsieur Mbemda ajoute : « On ne la voit pas comme une personne malade, mais comme une bonne cliente de nos produits maraîchers. »

Emma Ntsoulou est la directrice générale de Femmes solidaires. Elle est contente que Mme Bouanga puisse subvenir à ses besoins en vendant des fruits et des légumes. Elle affirme que Mme Bouanga encourage d’autres femmes en détresse à se prendre en charge.

Mme Bouanga est aussi une source d’inspiration pour ses enfants. Sa fille aînée soutient que le statut sérologique de sa mère est une affaire de famille. Par exemple : lorsque Mme Bouanga a rendez-vous pour aller chercher des ARV au centre de traitement ambulatoire alors qu’elle doit se rendre chez des maraîchers ou des maraîchères pour acheter des produits agricoles, une de ses grandes filles va chercher ses médicaments pour elle.

Sa fille aînée déclare : « Nous nous impliquons tous pour qu’elle ne manque pas d’ARV. C’est quand elle est en bonne santé physique et qu’elle mène ses activités que nous mangeons, [et] que nous payons nos études et le loyer. »

La présente nouvelle a été initialement publiée en novembre 2012