République Démocratique du Congo : Un agriculteur protège ses patates douces avec un pesticide fait maison

25 September 2017
A translation for this article is available in English

Ruhamya Kamakiri se promène dans son champ en aspergeant un pesticide à l’aide d’un pulvérisateur à dos. Monsieur Kamakiri est un agriculteur d’une vingtaine d’années. Il cultive la patate douce sur les collines qui entourent Chiburhi, un village de la province du Sud Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo.
 
Dans cette partie du pays, la patate douce est l’aliment de base de nombreux ménages. Au cours des dix dernières années, la maladie de la mosaïque du manioc a causé une baisse alarmante de la production du manioc, provoquant ainsi une pénurie et une augmentation du prix de cette denrée. Plusieurs n’ont pas les moyens d’acheter la farine de manioc.
 
Et voilà maintenant que ce sont des patates douces qui se font attaquées par des insectes.
 
Le champ de monsieur Kamakiri fut un de ceux à avoir été détruits par les insectes. Il explique : « Ces insectes m’ont tellement fait peur que je me suis senti dans l’obligation de chercher par tous les moyens des produits pour les anéantir. J’ai réalisé que l’existence de ces insectes menait notre village vers une grave famine. »
 
Monsieur Kamakiri a demandé conseil à un agriculteur âgé sur la façon dont il pouvait combattre les ravageurs. Le vieil homme, monsieur Chimenesa, conseilla à monsieur Kamakiri de protéger ses plantes avec des feuilles de tabac.
 
Monsieur Kamakiri se souvient : « Je n’ai pas d’emblée cru en sa parole, mais je me suis décidé à essayer quand même sans la moindre conviction que les feuilles de tabac pouvaient servir d’insecticide. »
 
Personne ne cultive le tabac près de son domicile, mais monsieur Kamakiri a trouvé quelques feuilles près d’un enclos à bestiaux. Il a réduit les feuilles en poudre avec un mortier et un pilon, avant de les mélanger avec de l’eau. Il s’est servi d’un pulvérisateur pour asperger le mélange sur des plants malades.
 
Le résultat a été immédiat. Monsieur Kamakiri se rappelle : « Le lendemain matin, j’ai remarqué que quelques chenilles étaient mortes et que les survivantes avaient fui l’odeur très forte du tabac. »
 
Maintenant, il est si convaincu de l’efficacité de ce pesticide biologique qu’il achète régulièrement des feuilles de tabac fraîches chez un agriculteur d’un village voisin.
 
Il a eu une récolte raisonnable malgré les dommages causés par l’insecte. Et ses services sont maintenant recherchés. En effet, des agriculteurs et des agricultrices impatients de protéger leurs patates douces lui versent 2 000 francs congolais [1,25 $US] pour chaque champ qu’il pulvérise.
 
En fait, grâce à monsieur Kamakiri, tous les villageois(e)s savent qu’ils peuvent utiliser du tabac pour protéger leurs patates douces, leurs choux et d’autres cultures.
 
Monsieur Bushiru est un agriculteur local. Il déclare : « Je pouvais moi aussi commencer à produire mon propre pesticide, mais l’argent me manque pour acheter le tabac et je n’ai pas de pulvérisateur. Je compte donc sur les services de Kamakiri pour protéger mon champ contre ces chenilles destructrices. »
 
Claudine Sifa est ingénieure agronome. Elle confirme que les feuilles de tabac sont efficaces pour protéger les plantes contre les insectes. Elle ajoute : « Ce genre de pesticide a pour avantage qu’on peut consommer immédiatement les aliments sur lesquels il a été appliqué, contrairement aux produits [inorganiques achetés en magasin] qui exigent un délai afin de réduire le risque d’empoisonner la consommatrice ou le consommateur. »
 
Toutefois, Mme Sifa dit que même si le pesticide biologique coûte moins cher à fabriquer et à utiliser, il est efficace seulement pendant une courte durée et doit être réappliqué régulièrement.
 
Monsieur Kamakiri est fier de pouvoir protéger ses champs contre les insectes ravageurs. De plus, il a créé une activité qui lui génère des revenus en pulvérisant les champs de ses voisins.
 
Le présent article a été initialement publié en août 2015.