Tanzanie : Des agricultrices, naguère exclues, devraient tirer profit d’un nouveau canal d’irrigation

18 Septembre 2017
Une traduction de cet article est disponible en English

Catherine January Otto est recroquevillée sur un cahier dans lequel elle dessine des bonhomme-allumettes et une maison carrée pour dépeindre la situation de sa famille dans quelques années.

Elle imagine ce que la vie pourrait être une fois que les ingénieurs auront terminé la construction d’un canal d’irrigation à Dirim, un village situé dans la région de Manyara, au nord de la Tanzanie, où elle cultive du maïs, de l’ail, des tournesols, du haricot et des pois.

Quelques mois auparavant, cette mère de sept enfants était convaincue que les femmes de Dirim ne jouiraient aucunement du projet d’irrigation.

Elle déclare : « Nous les femmes étions préoccupées, car nous étions tenues à l’écart du projet. Nous en étions exclues. »

Le réseau national des agriculteurs tanzaniens, appelé MVIWATA, et son partenaire canadien Uniterra exécutent des travaux de réparation et d’extension sur un canal d’irrigation de la collectivité. Selon les plans initiaux, le canal devait acheminer l’eau principalement vers les cultures commerciales telles que l’ail et les oignons cultivés essentiellement par les hommes.

Mais après que les membres de la communauté se sont réunis pour discuter des retombées du projet pour les hommes et les femmes, le représentant de l’administration locale a accepté d’attribuer aux femmes un terrain près du canal. En ayant leur propre terrain, ces femmes peuvent également avoir de l’eau à leur disposition en tout temps.

Mme Otto est très heureuse de faire partie du projet : « Je vais m’impliquer dans la construction, en usant de mes forces pour transporter les pierres et le sable. Je vais également donner un peu d’argent pour la construction. »

Sur son dessin, la famille de Mme Otto vit dans une nouvelle maison. Un simple rectangle recouvert d’un toit représente l’école où elle enverra ses enfants. C’est ainsi qu’elle compte dépenser le revenu supplémentaire qu’elle espère avoir, une fois que ses cultures auront régulièrement de l’eau.

Elen G. P. Ami, mère et grand-mère, siège au comité associé au projet d’irrigation de Dirim.

Elle pense que le projet profitera à toute la communauté, et pas uniquement aux agriculteurs et aux agricultrices commerciaux qui cultivent le long du canal. Elle déclare : « Avant le démarrage de cet aménagement hydroagricole, nous avions des problèmes. Les hommes pouvaient disparaître pendant trois jours pour aller chercher de l’eau. Lorsque le canal d’irrigation sera construit, l’eau nous parviendra au bon moment, et même à la bonne heure. »

Mme Ami affirme que, avant que le canal soit construit, seule une poignée d’agriculteurs avaient régulièrement accès à l’eau. Elle ajoute : « Avant, les cultures s’asséchaient, donc nous avions moins de revenus. Cette année, nous sommes certaines que nous cultiverons plus de produits. »

Fadhili Lucas réfléchit à la façon dont il pourrait mieux dépenser ses revenus agricoles. Il cultive du maïs, du haricot et de l’ail, aussi bien pour la vente que pour les besoins de sa famille de six enfants.

Au début, il pensait uniquement aux retombées du canal d’irrigation pour les producteurs de cultures commerciales comme lui. Mais, maintenant, il se rend compte que les femmes elles aussi peuvent tirer profit de cette ressource.

Il explique : « J’ai appris que dans le cadre de l’aménagement hydroagricole, les femmes peuvent également jouir, non seulement de la production d’ail, mais également de la production de légumes, de tomates et d’autres produits qui leur seront utiles. De plus, j’ai réalisé que les femmes peuvent planter des arbres, car il y aura assez d’eau pour elles. »

Mais avoir plus de produits agricoles signifie plus de travail, et dans les communautés où ce sont les femmes qui s’occupent en grande partie des récoltes, cela alourdira davantage la charge de travail des mères qui assument déjà plusieurs responsabilités à la maison et au champ. Dans beaucoup de familles, les femmes n’ont généralement pas leur mot à dire vraiment sur la façon dont le revenu familial doit être dépensé.

Monsieur Fadhili apprend à prendre les décisions relatives aux dépenses en famille, plutôt que seul. Depuis la construction de la première partie du canal, la productivité de son exploitation agricole a doublé. Il compte acheter un véhicule et développer ses activités.

Des agriculteurs, des agricultrices locaux et des élèves-ingénieurs canadiens travaillent sur le canal de septembre jusqu’en décembre. Le MVIWATA espère que celui-ci profitera aux 1 200 habitants de Dirim et Getagujo.

Mme Otto est ravie de faire partie des bénéficiaires.

Elle déclare : « Avant, les femmes étaient exclues. Toutefois, elles se parlaient et se donnaient des conseils. En tant que femmes, nous pouvons nous organiser nous-mêmes…. J’ai appris ce que signifiait la collaboration. »

Uniterra-Tanzanie a appuyé la production du présent article. Uniterra reçoit le soutien financier du gouvernement du Canada, octroyé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca Uniterra Tanzanie travaille avec des partenaires locaux dans les sous-secteurs des fruits et des légumes pour aider les jeunes et les femmes à avoir un meilleur accès aux possibilités économiques. Pour en savoir davantage sur Uniterra-Tanzanie, consultez sa page Facebook à : facebook.com/wusctanzania

Photo: Catherine January Otto montre son dessin