Kenya : Des femmes se lancent dans l’apiculture pour avoir en tout temps un bon revenu en période de sécheresse et de conflit (Trust)

18 Septembre 2017
Une traduction de cet article est disponible en English

Les habitants du comté de Baringo, dans la vallée du Rift, au Kenya vivaient autrefois avec le mugissement et le bêlement constants des vaches et des chèvres. Cependant, au cours de la dernière année, le calme plat règne sur ces terres arides parsemées de cactus et d’arbrisseaux.

Alors que le changement climatique provoque des sécheresses graves, les éleveurs doivent se déplacer plus loin et se disputer plus âprement pour l’eau et le pâturage. Pendant que les hommes errent à la recherche de pâturage et d’eau, les femmes et les enfants restés à la maison subissent des razzias de bétail, ce qui les prive ainsi d’une source de revenus.

Christine Lewatachum vit dans le village de Kailer. Elle déclare : « Nous ignorons à quel moment [les hommes] rentreront, car les voleurs de bétail peuvent les attaquer en chemin. »

Toutefois, une espèce d’animal plus petite aide les femmes de la région à créer une nouvelle source de revenus stable. Depuis 2009, elles exploitent des ruches.

Ces ruches permettent aux femmes de produire du miel, du savon, des crèmes de beauté, des bougies, du sirop contre la toux et d’autres produits qu’elles vendent aux habitants des villages voisins.

Cela fait quelque temps que les femmes récoltent du miel, mais cette activité est particulièrement intéressante maintenant que les sécheresses sont récurrentes et plus sévères dans la région.

Solomon Kerieny est agent d’élevage au ministère kényan de l’Agriculture. Il affirme que les sécheresses prolongées et les précipitations irrégulières portent un coup dur aux revenus générés par le bétail, et accentuent ainsi la vulnérabilité des familles.

Monsieur Kerieny explique : « Lorsque les familles perdent leur bétail, ce sont leurs moyens de subsistance qui disparaissent…. Les femmes doivent trouver d’autres sources de revenus telles que l’apiculture afin de pouvoir résister aux chocs climatiques de cette nature. »

Mme Lewatachum a cofondé une association de femmes en 2000. Au départ, cette association achetait et élevait surtout des chèvres laitières pour aider les femmes à être moins dépendantes des revenus de leurs époux. Mais, en 2005, les voleurs de bétail ont emporté la majeure partie des troupeaux des femmes. Mme Lewatachum se rappelle : « C’en était trop…. Nous avons vendu le peu de chèvres qui nous restaient et avons trouvé une nouvelle solution. »

Elle soutient que le groupement féminin a décidé d’élever des abeilles plutôt que du bétail pour éviter les razzias. Elle ajoute : « Les voleurs s’intéressent moins aux abeilles, car pour eux leur valeur n’est pas aussi importante que celle du bétail. »

En 2009, le ministère de l’Agriculture et différentes organisations caritatives ont fait don de cinq ruches aux femmes, et leur ont appris à fabriquer des produits dérivés du miel.
Même si les razzias de bovins se poursuivent, les ruches, elles, sont encore épargnées.

Tous les trois mois, les membres de l’association récoltent et vendent près de 22 kilogrammes de miel brut qui leur rapportent 4 000 shillings kényans (environ 38 $US). Elles vendent également le pot de crème de beauté de 100 grammes à 200 shillings (2 $US), et les boules de savon faites à base de miel entre 20 et 30 shillings (20 à 30 centimes).

Les femmes fabriquent également des produits peu répandus à base de miel ou de rayons de miel. Mme Lewatachum explique : « Les sirops pour l’arthrite et l’asthme, ainsi que l’antidote contre le venin de serpent sont très prisés. Les habitants se font souvent mordre par des serpents tapis dans les arbrisseaux, lorsqu’ils vont puiser de l’eau ou chercher du pâturage. »

Les femmes mettent en commun leurs bénéfices dans un fond à partir duquel les membres peuvent se faire octroyer des prêts avec un taux d’intérêt de 1 %. Cela leur a permis d’augmenter le volume de leur activité à 14 ruches et d’acheter un terrain d’un hectare environ dans le village. Elles comptent y installer une usine de transformation de miel.

Mme Lewatachum explique ce que les femmes ont l’intention de faire : « Nous l’utiliserons (l’usine) pour accroître notre production afin de pouvoir vendre nos produits dans le reste du pays et offrir des emplois aux femmes et aux filles. »

Le présent article est adapté d’un article intitulé « Amid drought and conflict, Kenyan women try a new livestock : bees » publié par la Thomson Reuters Foundation. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20170802004734-2o8y9/

Photo: Josephine Lemangi explains what pure honey should look like. Credit: Moraa Obiria / Thomson Reuters Foundation