Tanzanie : Avides d’apprentissage, les filles se battent pour éviter le mariage forcé (IPS)

17 Juillet 2017
Une traduction pour cet article est disponible en English

Maria avait à peine 16 ans lorsque son père l’a retiré de l’école pour la marier à un homme de 20 ans son aîné en échange d’une dot de onze vaches.

Elle se rappelle : « Je ne voulais pas me marier. Je voulais étudier pour devenir médecin, mais tous mes rêves semblaient s’être envolés. »

Maria, qui a maintenant 18 ans, avait supplié son père de la laisser terminer ses études. Son père est agriculteur à Ngongwa, un village en proie à la sécheresse dans la région nord de Shinyanga. Il avait toujours considéré ses filles comme des avoirs financiers. Ainsi, lorsqu’elle demanda à aller à l’école, il refusa. Il lui a dit de choisir entre se marier ou quitter le domicile.

Il y a quatre ans, la sœur aînée de Maria a été mariée de force à un homme, et est décédée des suites d’une grave hémorragie pendant l’accouchement.

Pour ne pas subir le même sort que sa défunte sœur, Maria décida de s’enfuir avant le mariage. Elle se rendit au domicile de sa tante, dans un village lointain. Mais peu après avoir entamé sa nouvelle vie, elle réalisa qu’elle était enceinte.

Maria avait des relations sexuelles avec un jeune homme avant que son père ne décide de la marier. Elle se rappelle : « J’ai eu honte, vraiment honte. J’ai pris cela comme une grave insulte à ma famille et mon père, même si [mon père] voulait me forcer à me marier. »

L’histoire de Maria illustre les conditions dans lesquelles se retrouvent plusieurs élèves tanzaniennes lorsqu’elles tombent enceintes.

La Tanzanie a un des taux de grossesses précoces et de natalité les plus élevés dans le monde. Une fille sur six, âgée de 15 à 19 ans, tombe enceinte, selon le Fonds des Nations Unies pour la population. Les Nations Unies soutiennent également que la région de Shinyanga a un des taux les plus élevés de décrochage scolaire chez des adolescentes en raison des grossesses et des mariages précoces.

Les populations locales imputent la situation à l’absence d’un cadre juridique visant à dissuader les parents de marier leurs filles en bas âge, et à décourager les coutumes qui sapent les droits des filles.

Leah Omari est professeure à l’Institut des services sociaux de Dar es Salaam. Elle déclare : « Certains parents préfèrent marier leurs filles pour avoir une dot plutôt que de les laisser étudier. »

Bien que les relations sexuelles avec les filles en bas âge soient interdites par la législation tanzanienne, les parents donnent souvent leurs jeunes filles en mariage. La Loi tanzanienne de 1971 sur le mariage permet aux jeunes filles âgées d’au moins 15 ans de se marier avec le consentement de leurs parents ou d’un tribunal.

Les activistes affirment qu’une fois mariées, les filles subissent souvent des violences physiques et sexuelles qui nuisent à leur santé sur le plan de la reproduction.

Pour aider les jeunes mères à avoir une deuxième chance d’étudier, l’UNESCO met en œuvre un projet spécial qui offre des formations professionnelles aux adolescentes qui abandonnent leurs études.

Maria a eu vent du projet par une amie, et espère que celui-ci va lui permettre de concrétiser son rêve de devenir médecin.\

Jusque-là, le projet a formé plus de 200 filles dans la région de Shinyanga. Zulmira Rodrigues est la représentante de l’UNESCO en Tanzanie. Elle soutient que l’apprentissage alternatif constitue le meilleur moyen d’offrir aux filles le savoir et les compétences nécessaires pour subvenir à leurs besoins et les aider à réaliser leurs rêves. Elle ajoute que les grossesses non désirées sont une conséquence du manque d’informations adéquates sur la santé sexuelle et de la reproduction, ainsi que les droits y afférents.

Zaituni Mkwama est une fille de Kahama qui a été renvoyée parce qu’elle est tombée enceinte à l’âge de 17 ans. Lorsque le test de grossesse obligatoire a révélé qu’elle était réellement enceinte, elle raconte : « On m’a remis une lettre de renvoi de l’école. Je me suis sentie très mal et j’avais peur. » Elle rêvait de devenir avocate.

« La pauvreté est un facteur clé, » déclare Eda Sanga, la directrice générale de Tamwa, une organisation de défense des droits des femmes, basée à Dar es Salaam. « Les parents obligent leurs petites filles à se marier pour ne plus à avoir à s’occuper ni d’elles ni de leurs petits-enfants. »

Le présent article a été initialement publié en janvier 2016. Pour lire l’intégralité de l’article duquel provient cette histoire intitulée « Tanzanie : Avides d’apprentissage, les filles se battent pour éviter le mariage forcé », cliquez sur :http://www.ipsnews.net/2016/01/tanzania-girls-struggle-to-avoid-forced-marriage-yearn-to-learn/

Photo : Adolescentes de Shinyanga dansant dans le cadre d’un programme d’apprentissage parallèle de l’UNESCO visant à les doter de compétences personnelles essentielles. Mention de source : Kizito Makoye/IPS