Zimbabwe & Burkina Faso : Des agriculteurs utilisent le fumier et le zaï pour combattre la désertification et la dégradation des terres (IPS)

26 June 2017
A translation for this article is available in English

Chaque matin, l’agricultrice zimbabwéenne Margaret Gauti Mpofu se rend à pied à son champ de 5 000 mètres carrés, dans le parc Hyde, à environ 20 kilomètres à l’ouest de la ville de Bulawayo. Elle traverse son champ, tenant d’une main un seau en plastique de 20 litres, rempli de fumier de vache. Avec l’autre main, elle prend une poignée du fumier qu’elle répand près des plants de légumes-feuilles et d’oignon qui poussent bien, et qu’elle a cultivés en rangées sur toute la longueur du champ.

Mme Mpofu est une agricultrice urbaine qui s’efforce de protéger son sol afin de pouvoir récolter suffisamment de légumes pour nourrir sa famille et avoir un revenu.

La dame de 54 ans arrose son champ avec des eaux usées traitées. Elle montre du doigt les sillons étroits creusés par les eaux de ruissellement sur les pentes de son champ lorsqu’elle arrose. Elle déclare : « Je ne devrais pas faire cela…. Le sol devient moins fertile chaque fois que nous irriguons, car l’eau s’écoule rapidement, emportant avec elle la précieuse couche arable. Je dois constamment ajouter du fumier pour améliorer la fertilité du sol. »

Mme Mpofu nourrit son sol avec du fumier de compost, mais ses efforts sont insignifiants vu l’ampleur de la dégradation des terres.

Selon la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), plus de la moitié des terres agricoles sont dégradées. La CNULCD souligne que douze millions d’hectares de terres arables disparaissent chaque année à cause de la sécheresse et la désertification, ce qui représente une superficie suffisante pour cultiver 20 tonnes de céréales.

Les agriculteurs contribuent à la désertification lorsqu’ils emploient des pratiques agricoles non viables telles que celles qui consistent à débroussailler et brûler la terre, les mauvaises techniques d’irrigation et le surpâturage qui éliminent le couvert herbacé et érodent la couche arable. Avec le changement climatique, la désertification réduit la superficie de terres disponibles pour l’agriculture.

La désertification nuit considérablement aux agriculteurs d’Afrique, où deux tiers des terres arables pourraient disparaître d’ici 2030.

Toutefois, il est possible de restaurer les terres dégradées grâce à des pratiques agricoles améliorées. Le Burkina Faso fait œuvre de pionnier en ce qui a trait aux nouvelles et aux anciennes pratiques, y compris la régénération naturelle assistée et la technique traditionnelle dénommée « zaï. »

Yacouba Sawadogo vit au nord-ouest du Burkina Faso. Il explique que les zaï sont des trous creusés dans un sol dégradé et qu’on remplit de compost. Les agriculteurs déposent ensuite les semences dans ces trous. Durant l’hivernage, les trous retiennent l’eau, ainsi que l’humidité et les éléments nutritifs qui serviront aux plantes en saison sèche.

Les producteurs creusent généralement les zaï à l’aide de pioches. Ces trous ont un diamètre d’environ 20 à 30 centimètres et une profondeur de 15 à 20 centimètres. Ils sont disposés en quinconce le long de la courbe de niveau d’un monticule, et espacés de 100 centimètres. Les agriculteurs sèment les graines dans les trous après que le sol a été bien trempé par les premières pluies, et ils ajoutent souvent quelques poignées de fumier une fois tous les deux ans. Les graines sont semées autour des parois du trou, et pas au centre.

Les paysans peuvent cultiver des légumes, du maïs et d’autres denrées dans les zaï. Ces trous permettent également de réduire les pertes en eau pendant l’irrigation.

Au Burkina Faso, les terres sont considérablement érodées et desséchées à force d’avoir longtemps subi le surpâturage et les pratiques agricoles intensives. Pourtant, en 30 ans, monsieur Sawadogo a utilisé les zaï pour transformer une zone dégradée en une forêt de 15 hectares, dans laquelle on retrouve plusieurs variétés d’arbres.

Le présent article est inspiré d’un article de l’Interpress Service, intitulé « The High Price of Desertification: 23 Hectares of Land a Minute. » (Lourd tribut à payer pour la désertification : 23 hectares de terres disparaissent toutes les minutes) Pour lire l’article original, cliquez sur : http://www.ipsnews.net/2017/06/the-high-price-of-desertification-23-hectares-of-land-a-minute/

Photo : L’agricultrice Margaret Gauti Mpofu répand du fumier sur ses légumes dans un potager, en périphérie de Bulawayo, au Zimbabwe. Mention de source : Busani Bafana/IPS