Niger : L’entreposage des denrées aide les agriculteurs à amortir les chocs climatiques (Trust)

26 June 2017
A translation for this article is available in English

Amadou Hassane inspecte les stocks de riz, de sésame, de millet et d’autres denrées cultivées et entreposées par ses concitoyens villageois. Des sacs sont empilés en hauteur dans le magasin. Monsieur Hassane affirme être satisfait, même si l’offre excédentaire de feuilles de baobab l’inquiète un peu.

Monsieur Hassane vit à Magou, dans la région de Tillabery, à l’ouest du Niger. Ses collègues agriculteurs et lui espèrent vendre les feuilles de baobab avant le début de la saison pluvieuse. Lorsqu’il commence à pleuvoir, de nouvelles feuilles bourgeonnent et le prix des feuilles de baobab chutent.

Il déclare : « La vie est dure, car il est difficile de savoir quand les premières pluies tomberont…. Mais nous sommes chanceux de disposer de ce système [d’entreposage] parce que nous pouvons vendre lorsque les prix sont bons, plutôt que d’être obligés de le faire tout de suite après les récoltes. »

Juste après les récoltes, les prix sont dérisoires, car l’offre est abondante. Les paysans qui entreposent leurs récoltes peuvent obtenir plus de revenus en vendant lorsque l’offre est au plus bas, et, par conséquent, les prix sont plus élevés. Les prix flambent souvent juste avant la récolte suivante.

Les entrepôts peuvent également aider les agriculteurs à faire face aux conditions climatiques de plus en plus imprévisibles. Les inondations et les sécheresses pèsent sur les récoltes, faisant qu’il est compliqué pour plusieurs personnes en Afrique de l’Ouest de cultiver ou d’avoir assez à manger. Beaucoup de familles s’en sortent en réduisant le nombre de leurs repas. De plus, jusqu’à 40 % des récoltes de la région sont irrécupérables avant de parvenir au marché en raison d’un manque d’infrastructures adéquates pour l’entreposage, la transformation et le transport.

Cependant, un système de crédit rural permet aux agriculteurs d’avoir un meilleur accès aux ressources financières pour acheter de la nourriture ou des articles ménagers. Ce système encourage aussi l’entreposage des récoltes.

Grâce à ce système, les paysans peuvent se servir de leurs récoltes entreposées en guise de garantie pour obtenir un prêt. Les crédits accordés aux agriculteurs représentent souvent 70 % à 80 % de la valeur de leurs denrées. Ils remboursent les prêts en saison sèche lorsqu’ils peuvent vendre leurs récoltes à un meilleur prix. Cela fait partie d’un projet créé par deux organisations internationales, à savoir : le département britannique du Développement international et l’ONG CARE International.

Penda Diallo est conseillère principale en résilience à CARE International. Elle déclare : « [Ce système] contribue à renforcer la résilience, car en vendant vos produits pour un bénéfice plus élevé, vous pouvez mieux absorber les chocs climatiques … et éviter de recourir à des stratégies d’adaptation nuisibles, telles que manger moins de repas. »

Grâce à cette initiative, 500 membres de plusieurs communautés de la région de Tillabery sont en mesure d’entreposer des tonnes de céréales, de légumes et de produits forestiers tels que les feuilles de baobab et le moringa. Le projet vise à faire en sorte que l’argent supplémentaire que les agriculteurs gagnent en vendant des produits en saison sèche couvre les frais d’entreposage et permette de rembourser les prêts.

Au regard du risque grandissant de mauvaises récoltes dû au changement climatique, il est de plus en plus conseillé aux agriculteurs de diversifier plus les denrées et les produits qu’ils cultivent et entreposent. La diversification protège les cultivateurs contre les fluctuations des prix et leur permet d’avoir des produits à vendre tout au long de l’année.

Ali Badara est un partenaire local du projet, qui est installé à Mooriben. Il déclare : « Le fait de varier et [d’entreposer] plus d’une denrée consolide davantage le fonds collectif, et encourage les gens à entreprendre des activités non agricoles, telles que la fabrication de savon, d’huiles et de bijoux. »

Fati Boubacar est une agricultrice qui tire profit de l’accès aux prêts. Elle a investi dans de nouvelles activités génératrices de revenus, telles que la fabrication de produits de santé et de beauté, ainsi que les pratiques agricoles améliorées. Elle déclare : « Si n’avions pas accès à cet argent … nous aurions été incapables d’accroître le rendement de nos cultures. »

Une des grandes difficultés du projet est le manque d’infrastructures d’entreposage. Catherine Simonet est conseillère auprès de l’Overseas Development Institute, un centre d’études et de recherches basé à Londres. Elle déclare : « Les infrastructures d’entreposage de la région sont généralement en mauvais état, et ce problème doit être résolu rapidement. »

Toutefois, les rendements sont bons pour les villages qui investissent dans de bonnes installations d’entreposage. Adamou Soumana est un agriculteur et un responsable du village de Kubio. C’est avec grand plaisir qu’il procède au décompte du stock des agriculteurs locaux. Monsieur Soumana explique : « La valeur de notre stock est passée de 730 000 FCFA [1 245 $US] à 840 000 $ [1 430 $US] en une année. Nous étions vraiment heureux. »

Cela fait trois saisons que les agriculteurs de Kubio entreposent leurs produits. Monsieur Soumana déclare : « Nous disposons maintenant d’une gamme de différents produits en réserve et sommes certains de pouvoir gérer n’importe quel imprévu qui pourrait survenir. »

Le présent article est inspiré d’un article de la Thomson Reuters Foundation, intitulé « Loans for storing crops help Niger’s farmers absorb climate shocks. » Pour lire l’article original, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20170516001250-h716w/?cid=social_20170516_72376507&adbid=864377333834174465&adbpl=tw&adbpr=15762575

Photo : Amadou Hassane à l’intérieur du magasin du village. Mention de source : Kieran Guilbert / Thomson Reuters Foundation