Guinée : Les agriculteurs pratiquent la culture sans labour pour s’adapter au changement climatique (RFI)

05 December 2016
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Derrière de mauvaises herbes dans le champ de M. Bah se trouvent des légumes qu’il a récoltés il y a peu, y compris une variété d’aubergines dont le rendement est particulièrement élevé.

En Guinée forestière dans le sud, M. Bah a adopté de nouvelles techniques et une nouvelle variété d’aubergines pour offrir à son entreprise agricole les meilleures chances de réussite. Avec l’aide de son fils ingénieur agricole, il cultive pour subvenir aux besoins de sa famille tout en protégeant l’environnement.

Le fils de M. Bah, Mamath Seydou, appuie les efforts de son père. Il lui a également la technique de plantation surnommée « labour zéro. » M. Seydou explique : « On utilise le labour zéro. Actuellement, c’est ce que recommandent les institutions de lutte contre le changement climatique… L’agriculture fait partie de ce qui favorise les émissions de gaz à effet de serre. … On a dit que le labour fait perdre beaucoup de carbone au sol. Donc il faut essayer de laisser le sol intact ».

Les experts de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation définissent le « labour zéro » comme « une technique simple de semis avec peu ou pas de préparation du terrain ». Le labour zéro est un aspect important de l’agriculture de conservation, un système de culture qui vise à renforcer et à maintenir la production agricole, tout en préservant et en améliorant les ressources en sols et en eaux ainsi que les ressources biologiques.

Dans le monde entier, les agriculteurs pratiquent le labour zéro, y compris en Afrique. Cette technique permet de prévenir les phénomènes d’érosion grâce à la couverture permanente du sol. Elle aide aussi le cultivateur à économiser du temps et de l’énergie.

M. Bah effectue un seul passage dans son champ durant les semis. Il place les semences et les engrais dans les trous abandonnés après la précédente récolte.

La technique du labour zéro permet souvent au sol d’être plus fertile et peut s’avérer moins coûteuse. Cependant, elle fait l’objet de débats. Certains experts ne sont pas certains qu’elle fonctionnera en Afrique pour diverses raisons notamment liées à la structure du sol.

M. Marcel Nwalodzie travaille en qualité d’expert au Conseil ouest-africain pour la recherche et le développement agricole. Il souhaite que plus de recherches soient menées pour voir comment le labour zéro peut être adapté à un large ensemble de contextes agricoles en Afrique subsaharienne.

M. M. Bah utilise cette technique dans son champ de légumes. Il espère que celle-ci contribuera à l’augmentation de sa récolte. La Black beauty est la variété la plus répandue en Guinée, mais la Kalenda est la plus rentable. On peut la récolter durant plusieurs mois, voire toute l’année, tandis que la Black beauty est disponible entre 80 et 90 jours seulement par an. M. Bah ajoute : « C’est qu’elle est d’abord très très rentable et tu peux la récolter durant six mois. »

Pour l’instant, malgré les avantages que procure le labour zéro, M. Bah est un des rares agriculteurs guinéens qui utilisent cette technique.

Pour écoutez le repotage audio duquel s’inspire le présent article, cliquez sur: http://www.rfi.fr/emission/20161027-reportage-guinee-agriculture-graines-venues-etranger-45?ref=tw_i

Crédit photo: Remi Nono-Womdim, FAO