Congo Brazzaville : la déforestation s’accélère alors que les communautés rurales délaissent les activités agricoles

07 November 2016
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Depuis déjà plusieurs années, les paysans des villages de la région du Pool dans la périphérie de Brazzaville délaissent la production agricole en faveur de la production du bois de chauffe et du charbon parce qu’ils rapportent plus de profit. Cette activité alimente les ménages énergivores de Brazzaville, mais contribue également à l’augmentation de la déforestation.

Auberge Ngadziami a 32 ans et est mère de quatre enfants. Elle habite le village de Siassa, dans la région du Pool. Elle dit: « Au lieu d’attendre les produits de l’agriculture, on préfère couper le bois pour le vendre en fagots ou sous forme de charbon. Le gain est rapide et plus intéressant ; à l’orée de la rentrée scolaire ». La vente de bois de chauffe et de charbon lui permet d’acheter les fournitures scolaires pour ses enfants.

Dans la plupart des localités du district Kinkala, la capitale de la région du Pool, la vente de bois et de charbon constitue la principale activité des hommes et des femmes. Mais cela appauvrit le sol et expose les populations à une insécurité alimentaire, car aujourd’hui elles dépendent plus de la ville de Brazzaville que de leurs propres zones rurales pour les produits vivriers.

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Prosper Mayembo est Directeur de l’environnement de cette région. Il dit: «  Même les produits non-ligneux comme les champignons, les chenilles et les asperges ont disparu des forêts du Pool…Ma crainte, c’est de voir le Pool devenir un désert car on coupe sans répit les arbres. Il n’y aura plus l’agriculture et nous mourrons de faim ».

Dans la région, il suffit de marcher à travers un champ pour s’apercevoir du nombre impressionnant des points d’émission de fumée, signe de la présence des fours de charbon ou de sillonner les pistes d’un village pour se rendre compte du nombre de fagots de bois qui attendent le passage des acheteurs grossistes.

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Jean Leonard Bahouna a 57 ans et est un ex-travailleur de la société de ciment Cidolou (à Loutété) et vit dans dans le village de Taba. Désormais, il survit grâce à la vente de bois de chauffe et de charbon. Il explique: «Nous n’avons pas de travail et l’activité du bois est devenue notre seule source de revenu. J’ai 57 ans, je suis un ex-travailleur de la société de ciment Cidolou. Je suis au chômage depuis 1985. Ce n’est qu’avec cette activité du bois que je m’occupe de ma famille et de l’école de mes enfants ».

Un paquet de bois est vendu à 150 Francs CFA (0,25$ US) et un sac de charbon à environ 4000 Francs CFA (6,70$ US). En moyenne, chaque paysan peut produire et vendre 100 fagots ou 20 à 50 sacs de charbon par mois.

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Maximin Mboulafini est expert congolais en aménagement et certification forestière. Il explique que l’utilisation des ressources forestières est proportionnelle au niveau de pauvreté des populations. Il précise: « Plus [les gens] sont pauvres, plus la forêt subit la pression humaine. [Élever le niveau de conscience des gens] à la gestion durable des ressources naturelles devient un coup d’épée dans l’eau ».

Alors que certains membres de ces communautés rurales commencent à prendre conscience de l’impact négatif de cette pratique sur leur vie, pour le moment, les alternatives durables à grande échelle pour abandonner la production de bois de chauffe et de charbon ne sont point pérennes.