Malawi : Les agricultrices et agriculteurs augmentent leurs récoltes de maïs en utilisant les fientes de poules en guise d’engrais

10 Octobre 2016
A translation for this article is available in English

Il est 4 h du matin, et un réveil sonne fort à l’intérieur d’une petite maison recouverte de tôles de fer dans le village de Chitukula, à 25 kilomètres au nord de Lilongwe. Mabuku Kamzati se réveille brusquement de son profond sommeil et dit à sa femme qu’il est temps d’aller travailler. C’est aujourd’hui qu’ils doivent commencer à épandre le fumier de poule sur leur champ de trois acres.

M. Kamzati utilise les fientes de poules en guise d’engrais, car le prix des engrais chimiques a flambé.

Il habite près de la société Central Poultry qui fait la sélection, l’élevage et la vente de poules. Les agricultrices et agriculteurs locaux achètent la fiente de poules chez cette société et l’utilisent comme engrais dans leurs champs de maïs.

M. Kamzati explique : « J’épands les fientes de poules dans les sillons avant de faire des stries en vue d’améliorer la fertilité des sols. Je n’ai pas les moyens d’acheter les engrais chers pour mon champ. »

En ce moment, le sac d’engrais de 50 kilogrammes coûte environ 33 $US. M. Kamzati affirme qu’il lui faut près de huit sacs pour son champ de trois acres, ce qui lui coûterait plus de 260 $. Pourtant, un chargement de fientes de poules lui coûterait 138 $US, y compris le transport jusqu’au champ.

C’est en 2014 que M. Kamzati a commencé à utiliser les fientes de poules comme engrais. Il explique : « D’autres agricultrices et agriculteurs de ma région m’ont dit qu’ils n’utilisaient aucun engrais chimique, mais qu’ils récoltaient plus de maïs en utilisant simplement de la fiente de poule comme fumier. »

Selon M. Kamzati, les fientes de poules lui rapportent une récolte exceptionnelle, et des rendements bien meilleurs à ceux des années précédentes, où il avait du mal à se procurer des engrais chimiques. Il déclare : « Avec les engrais chimiques, je récoltais environ cinq charrettes pleines de maïs sur les trois acres, mais cette année, j’en ai récolté douze. »

Il affirme que son maïs pousse également plus vite que lorsqu’il utilisait de l’engrais chimique.

Alfred Chipindo est l’agent de vulgarisation agricole affecté par le gouvernement dans le district de Dedza. Il soutient que les agricultrices et  les agriculteurs pourraient bénéficier plus de l’utilisation des fientes de poules en guise d’engrais, s’ils en épandent pendant un certain nombre d’années. Il ajoute : « La bonne nouvelle c’est que, en plus de restaurer la fertilité des sols, le fumier à base de fientes de poules améliore la structure des sols, ce qui n’est pas le cas avec les engrais chimiques. »

Robert Chiwaka est un autre agriculteur du village de Chitukula. Il a persuadé M. Kamzati de commencer à utiliser les fientes de poules comme engrais. Il explique sa technique : « On mélange les fientes de poules avec de la balle de riz et la provende à poussin qui tombe lorsqu’on nourrit les poules. Mon sol a été surexploité et il a perdu sa fertilité. Mais depuis que j’ai commencé à utiliser ce fumier, mes rendements annuels se sont considérablement améliorés. »

M. Chiwaka soutient que les agricultrices et les agriculteurs de sa région répandent les fientes de poules dans les sillons à l’aide de seaux. Ils appliquent souvent de l’engrais tôt le matin afin de ne pas en perdre quand il vente.

Yelemiya Layoni est le chef du village voisin Chinkhota. Il a cessé d’utiliser les engrais chimiques et compte désormais sur les fientes de poule. Il affirme que les fientes sont une bonne chose, car un seul épandage suffit chaque saison de végétation. Il ajoute : « Les fientes n’exigent pas beaucoup de travail parce qu’on les applique une fois avant de tracer les stries, contrairement aux engrais chimiques qui ont besoin d’être épandus deux fois. »

Toutefois, le coût des fientes de poules augmente en raison de la demande provenant des communautés voisines, et cela inquiète M. Layoni. Il explique : « En 2014, on achetait un chargement de camion-benne rempli de fientes à 50 000 kwachas (68 $US). En 2015, le prix est passé à 70 000 kwachas (100 $US), et cette année le prix a grimpé à 100 000 kwachas (138 $US). Je crains qu’un jour le fumier ne devienne aussi cher que les engrais chimiques au point que nous n’ayons plus les moyens d’en acheter. »

M. Kamzati se sent redevable envers ceux qui lui ont parlé de l’engrais de fiente de poules, car désormais il a un surplus de maïs qu’il peut vendre pour avoir un revenu supplémentaire. Il déclare : « Maintenant, l’argent n’est plus un problème important pour ma famille, car j’ai les moyens d’acheter du maïs, ce qui n’était pas le cas autrefois. J’ai pu construire une maison recouverte de tôle, et je peux envoyer mes enfants à l’école. »