Nigeria : De petits riziculteurs déplorent le déclin du riz local (Vanguard Media)

15 February 2016
A translation for this article is available in English

Il est probable que très peu de Nigérians aient déjà visité la paisible ville d’Ofada, au sud-ouest de l’État d’Ogun. Mais lorsqu’ils entendent le nom Ofada, ils font immédiatement le lien avec le riz d’Ofada que plusieurs aiment au Nigeria et ailleurs.

Ofada est le nom générique qui sert à décrire toutes les variétés de riz produites et transformées dans les communautés rizicoles du sud-ouest du Nigeria. Cependant, le riz produit dans cette région pourrait appartenir bientôt au passé. Les riziculteurs d’Ofada délaissent progressivement cette culture en raison de la forte urbanisation et du manque de matériaux végétaux de qualité et de bons marchés.

Taoreed Sowewimo est agriculteur à Ofada. Il est né dans une famille de riziculteurs et cultive le riz depuis 30 ans. Il soutient que plusieurs personnes ont de moins en moins accès à la terre à cause de l’urbanisation rapide. De nombreuses familles ne jugent plus utile de cultiver du riz sur une terre qui leur rapportera peu voire rien du tout lorsqu’elles peuvent gagner des millions en vendant la terre aux promoteurs immobiliers.

M. Sowewimo raconte : « Les jeunes ne veulent pas cultiver, car ils considèrent cette activité comme [un] chemin qui mène à la pauvreté. Par conséquent, on les voit exercer une pression sur leurs parents pour qu’ils vendent leurs terres aux promoteurs aux fins de construction d’habitations. » En dehors de l’accès à la terre, il attribue le problème à la pénurie de semences de qualité, d’engins agricoles, de facilités de crédit et de marchés qui constitue un problème pour les riziculteurs.

Il déclare : « J’avais l’habitude de cultiver entre sept et dix hectares de riz, mais en raison du manque de semences de qualité et du stress des végétaux, sans parler de l’absence des marchés, j’ai réduit la superficie de ma rizière. »

John Obadare cultive également du riz et est un ami de M. Sowewimo. Il affirme que les agriculteurs ne disposent pas de bonnes installations pour le séchage, ce qui les oblige à faire sécher leur riz à même le sol, ce qui fera qu’on retrouvera des cailloux dans le riz, réduisant ainsi sa qualité.

Le Nigeria, premier producteur de riz en Afrique, a l’intention d’accroître sa production annuelle à 300 000 tonnes métriques. Une telle augmentation pourrait réduire les importations de riz d’environ 15 pour cent et réduire les coûts d’importations de 342 millions de dollars par an.

M. Victor Eburajolo est le directeur général adjoint de Kewalram Chanrai Group et le directeur de Spring Field Agro Limited. Il pense que le riz local peut rapporter beaucoup devises au pays si les riziculteurs utilisent de meilleures pratiques agricoles. Il soutient qu’en ayant accès à de meilleurs intrants les riziculteurs peuvent accroître leur production et aider le pays à devenir autosuffisant sur le plan alimentaire. Son organisation travaille en partenariat avec RiceCo pour produire des engrais et des semences hybrides pour le riz.

Pinky Ghosh est la directrice des opérations internationales de RiceCo. Elle affirme que la riziculture ne rapporte pas suffisamment d’argent aux agriculteurs, car ils n’utilisent pas de semences et d’intrants agricoles de bonne qualité. Elle soutient que les variétés améliorées sont la solution pour obtenir des revenus agricoles plus importants.

Le gouvernement nigérian a annoncé récemment l’octroi d’un montant d’un milliard de dollars pour stimuler la production de riz locale et réduire les importations riz.

M. Sowemimo et M. Obadare affirment qu’ils connaissent plusieurs projets qui n’ont pas abouti. M. Sowewimo soutient que les agriculteurs ont adhéré à des coopératives, avec l’espoir de mettre à profit les programmes gouvernementaux. Mais cela ne fonctionne pas, dit-il, parce que les agriculteurs doivent soudoyer les fonctionnaires locaux pour les aider avec des moissonneuses. Il ajoute : « Le coût [des] pesticides qu’ils utilisent pour pulvériser le riz afin d’éviter les maladies est élevé. »

Les deux agriculteurs sont d’avis qu’au regard de la situation observée à Ofada et dans les régions environnantes les petits riziculteurs auront de la difficulté à rendre le Nigeria autosuffisant en riz, et que les besoins en importations de riz persisteront au cours des prochaines années.

Pour lire l’intégralité de l’article duquel provient cette histoire intitulée « Les petits riziculteurs se lamentent sur leur sort », cliquez sur http://www.vanguardngr.com/2016/02/small-holder-rice-farmers-lament/