Kenya: Des jardins potagers pour améliorer l’alimentation et les revenus des populations (IPS)

08 February 2016
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À l’ouest du Kenya, on trouve une variété de légumes indigènes dans le comté de Busia. Mais pendant des décennies, le changement de goût au niveau des populations qui avaient délaissé les cultures indigènes a relégué ces légumes au second plan au profit du chou frisé, du chou vert et d’autres légumes exotiques.

Récemment, un retournement de situation s’est produit. Les nutritionnistes sensibilisent l’opinion publique par rapport aux légumes indigènes. Ainsi, les jardins potagers, espaces aménagés par les familles dans leurs propriétés pour y cultiver des légumes-feuilles, des fruits et des herbes sont devenus monnaie courante.

Roselida Orodi vit dans le comté de Busia où il est le président de l’association Esikoma Ushirika Farmers Self Help Group. L’association a une ferme-pilote où les agricultrices et les agriculteurs apprennent à cultiver des légumes, grâce aux outils qu’elle leur offre pour aménager leurs propres jardins. Mme Orodi affirme que la plupart des ménages produisent maintenant suffisamment de légumes pour la consommation de leurs familles. Ils vendent le surplus sur le marché local et ailleurs.

Elle déclare : « Les légumes locaux se vendent à un meilleur prix que les variétés exotiques telles que le chou frisé et le chou pommé, car plusieurs personnes ont appris des experts que celles-ci étaient très nutritives. C’est dommage qu’elles aient été négligées par les populations locales. »

Grâce à une organisation locale dénommée Sustainable Income Generating Investment (SINGI), les jardins potagers ont un grand impact sur la nutrition et la sécurité alimentaire des habitant(e)s du comté de Busia.

L’organisation SINGI travaille avec plus de 50 associations agricoles du comté, formées en majorité de femmes. Les agricultrices et les agriculteurs locaux peuvent irriguer leurs cultures à cause des pluies bisannuelles, et la plupart d’entre eux ont des jardins potagers pendant toute l’année.

En plus de promouvoir les légumes indigènes, SINGI encourage les agricultrices et les agriculteurs à cultiver des variétés sauvages de légumes qui ont longtemps été négligés.

William Buluma est le président de SINGI. Il soutient que le ministère de l’Agriculture du Kenya et la Kenya Agriculture and Livestock Research Organization offrent des formations sur la culture des légumes aux associations paysannes. D’autres organisations encouragent les paysannes et les paysans à pratiquer l’agriculture biologique, et leur procurent des outils de formations sur la santé, l’environnement et l’agriculture.

M. Buluma déclare : « Le projet a permis d’accroître la production de légumes indigènes, permettant ainsi qu’il y en ait en grandes quantités pour les familles et les marchés, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. »

Toutefois, il y a des problèmes. M. Buluma affirme que le manque d’équipement frustre les agricultrices et les agriculteurs, et que les nouvelles maladies causent des ravages aux légumes. Les sols de la localité sont acides et il a été conseillé aux cultivatrices et aux cultivateurs d’utiliser du fumier naturel. Cependant, comme ils ne disposent pas de matériel de compostage, ils sont incapables de produire de grandes quantités.

M. Buluma exhorte le gouvernement kenyan a élaboré une politique visant à promouvoir la consommation de légumes indigènes et l’agriculture biologique. Il soutient que cela permettra aux Kenyan(e)s d’être en meilleure santé et à l’environnement d’être mieux protégé.

Les membres de l’association de Mme Oridi ont appris à cultiver l’épinard indien, le jute, le crotalaria, le solanum, la plante-araignée, l’amaranthe, les feuilles de citrouille et le chou potager. Les membres de l’association ont reçu des semences certifiées de la part de la Kenya Agriculture and Livestock Research Organisation et ils en produisent pour la vente.

Selon Mme Oridi, les légumes résistent à la sécheresse. Cela est un avantage en saison sèche, car une forte demande implique une hausse des prix.

Elle soutient que l’association envisage la possibilité de ravitailler les écoles locales en légumes. Elle ajoute : « Nous voulons que nos enfants consomment des [aliments] locaux parce qu’ils sont nourrissants et bons pour la santé, [ce] qui maintient les maladies à distance. »

Anastacia Muleka est membre du groupement agricole POA, basé dans le sous-comté de Matayos. Ce groupement est également affilié à SINGI. Elle avait l’habitude de dépenser 10 $ par semaine pour acheter des légumes au marché. Mais depuis qu’elle a un jardin potager, elle n’a plus besoin d’en acheter. Elle poursuit : « J’ai une variété de légumes. Grâce SINGI, j’ai appris ce qu’est une valeur ajoutée, surtout en utilisant diverses méthodes pour conserver des légumes afin d’éviter les pertes en raison de leur caractère périssable. »

Mme Muleka conclut : « Depuis que j’ai mon jardin potager, je n’ai jamais jeté un regard vers le passé, et je suis déterminée à en cultiver davantage. »