Togo : Une vendeuse de poisson se lance dans la pisciculture 

16 November 2015
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Ablawa Apoin Togbeu n’a pas peur d’essayer de nouvelles choses, même quand elle ne s’y connaît pas du tout.

Depuis plusieurs années, Mme Togbeu vend du poisson frais au port de Lomé, la capitale du Togo. Elle explique : « Avant j’avais des pirogues qui allaient en mer. Mais c’est trop d’angoisses pour rien. J’avais beaucoup de pertes. Maintenant je me base sur un bateau d’un blanc qui me fournit du poisson ».

Mais au cours des dernières années, les pêcheurs qui vont en mer rapportent très peu de poisson.  En 2011, elle décide de se lancer dans la pisciculture. Mme Togbeu crée la ferme piscicole « Canne à pêche » dans son village natal à Sévagan, une localité située à une trentaine de kilomètres de Lomé.

Mme Togbeu n’avait jamais suivi de formation en pisciculture et a donc appris sur le tas par essaie et erreur. À l’aide d’un tracteur, elle creuse quatre étangs sur sa ferme, qui lui ont coûté environ 5 millions de francs CFA (USD 8200). Elle dit : « J’ai pris un prêt [que] je rembourse petit à petit et jusqu’aujourd’hui, je n’ai pas encore fini de rembourser le crédit ».

Le début ne fut pas facile pour Mme Togbeu. Elle explique : « Après avoir creusé les étangs,la question suivante c’était où trouver du poisson. J’ai acheté le poisson du lac, mais ça ne marchait pas. Je ne savais pas aussi qu’il fallait nourrir les poissons, donc ils mourraient. À chaque fois que je mettais des poissons dans l’eau, les villageois venaient vider l’étang la nuit. Quand je venais pêcher, je ne trouvais rien ».

Photo: Mme Togbeu Crédit: Inoussa Maïga

Photo: Mme Togbeu Crédit: Inoussa Maïga

C’est alors qu’elle décide que son entreprise a besoin d’un gardien. Elle embauche donc Koffi Tchiè. M. Tchiè  vit en permanence sur la ferme avec son épouse et son enfant de trois ans. Il dit : « Mon travail ici, je fais le gardien la nuit et le jour, je nourris les poissons trois fois par jour et je fabrique aussi les aliments pour les poissons. Mon rôle c’est de veiller pour que personne ne vienne ramasser le poisson dans les étangs ».

M. Tchiè est satisfait de son travail. Il explique : « Avant je ne savais qu’on pouvait élever le poisson comme on le fait avec les moutons. Je suis content d’apprendre ça et peut-être un jour j’aurai le courage de le faire ».

En 2014, Mme Togbeu participe à une formation. Pendant cette fomation, elle découvre le Projet d’Appui au secteur agricole (PASA) qui lui apprend comment nourrir le poisson. Elle dit : « Le PASA m’a aussi donné des alevins. Je mets 2000 [alevins dans un étang.] L’année passée, j’ai pu remplir deux étangs et les deux autres sont restés vides parce que je n’ai pas trouvé d’alevins ».

Mme Togbeu a également bénéficié du PASA en obtenant des aliments pour poisson subventionnés. Elle achète le sac de 20 kilogrammes de granulés à 5000 F CFA ( 8$ US). Sur le marché, le même sac coûte trois fois plus cher.

Chaque semaine, M. Togbeu  passe trois à quatre jour à la ferme . Elle raconte : « Quand je mets les alevins, je pêche au bout de six mois, s’ils sont bien nourris. Je fais de temps en temps des pêches de contrôle pour voir si le poisson a suffisamment grandi. Le poisson doit atteindre 500 à 600 grammes avant d’être pêché ».

Mme Togbeu vend ses poissons aux femmes qui font le fumage de poisson. Elle vend aussi ses poissons à des hôtels et restaurants à Lomé. Elle explique : « Avec les femmes qui viennent acheter sur place ici, je vends le kilo à 1500 F CFA. Mais aux hôtels à Lomé, je vends le kilo à 2000 ou 2500 FCFA ».

Elle reconnaît que la pisciculture  n’est pas facile. Mme Togbeu dit : « Tout est difficile. Nourrir les poissons trois fois par jour ce n’est pas facile. Trouver les ingrédients n’est pas facile. Fabriquer les aliments n’est pas non plus facile. Mais vouloir c’est pouvoir ».

Dans les mois et les années à venir, elle rêve d’agrandir sa ferme. Elle dit : « Mon objectif c’est de réaménager mes étangs et creuser encore d’autres étangs pour produire des alevins moi-même ».