Les Kenyans abandonment la fabrication du charbon pour se lancer dans la culture de mangues (Trust)

04 Novembre 2013
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C’est bientôt la saison de plantation. Sila Mutisya serait normalement en train de préparer le terrain pour planter des denrées alimentaires dans sa ferme de deux acres, à Masinga, dans l’est du Kenya. Mais cette saison, il prend soin de ses manguiers, hauts de deux mètres, dont les fleurs jaune-rougeâtre promettent d’ores et déjà une excellente récolte.

Au cours des dernières années, des conditions météorologiques de plus en plus irrégulières ont rendu la culture de grains extrêmement difficile pour M. Mutisya, 63 ans, et pour beaucoup de ses voisins. Même les plantes résistantes à la sécheresse survivent à peine sur ce terrain desséché. C’est ainsi que M. Mutisya, comme beaucoup d’autres Kenyans, s’est tourné vers la fabrication de charbon pour avoir des revenus supplémentaires.

Njeri Njoka vit dans le village d’Igoji. Elle est souvent forcée de visiter une des entreprises de fabrication de meubles de son village pour y chercher des copeaux de bois dont elle se sert comme combustible de cuisine. Cette mère de trois enfants dit que, ces jours-ci, le bois de chauffe n’est pas facile à trouver. La demande pour le bois est en train de dépouiller les campagnes de ses arbres matures. Les jeunes arbres qui ne sont pas abattus pour la fabrication de meubles ou pour la construction finissent souvent sous forme de charbon.

Selon le Kenya Climate Change Network, au moins 12 000 sacs de charbon de 90 kilogrammes, soit plus de mille tonnes, parviennent à Nairobi chaque jour, pour y être vendus. Bien que le gouvernement kenyan intervienne pour essayer de gérer la déforestation, d’après Mme Njoka, il pourrait être impossible de contrôler la production de charbon.

Mais un nombre croissant de Kenyans ont découvert une façon plus efficace et plus lucrative de générer des revenus: la culture de mangues. Quand M. Mutisya a rendu visite à un de ses amis, dans la ville côtière de Malindi, il a vu que la culture de mangues pourrait être une meilleure solution à ses soucis financiers que la fabrication de charbon.

Cet ami a expliqué que le Kenya Agricultural Research Institute (KARI) avait introduit des nouvelles variétés de mangues qui poussaient en zone aride, mûrissaient vite et produisaient un gros fruit sucré.

Joseph Njuguna est expert en matière de fruits auprès du KARI, qui travaille au National Horticultural Research Centre. Il dit que les nouvelles variétés de mangues peuvent produire 10 fois plus de fruits en zones sèches que les variétés conventionnelles, avec un rendement de plus de 1000 mangues par arbre à chaque saison, dans des conditions favorables.

Cette année, M. Mutisya, père de cinq enfants, est impatient de récolter des mangues plutôt que de fabriquer du charbon. Il explique: « Je me suis tourné vers la fabrication du charbon parce que c’est une source commune de revenus pour beaucoup d’entre nous. Je ne savais pas que j’empirais la situation d’une terre déjà improductive, du fait que je coupais des arbres. »

Le Kenya Forestry Research Institute (KEFRI) dit que la culture de mangues cadre bien avec une approche agricole « basée sur l’écosystème ». Les arbres tels que les manguiers absorbent le dioxyde de carbone de l’atmosphère durant leur croissance. Samson Mogire est agent de dissémination d’informations auprès du KEFRI. Il ajoute: « La culture de manguiers fait augmenter la couverture forestière. C’est aussi une façon durable de retenir l’humidité dans le sol, particulièrement en zone aride. »

Les nouvelles variétés de mangues sont en train de devenir une culture commerciale fiable dans une région aride qui peine à produire des denrées de base telles que le maïs.

Mais la culture de mangues seule ne saurait soutenir les familles tout au long de l’année du fait de son caractère saisonnier, selon Anne Maina, une consultante en matière de sécurité alimentaire basée à Nairobi. Elle soutient que les agriculteurs devraient se garder d’abandonner les aliments de base. Cependant, Mme Maina ajoute que « Les mangues mûrissent durant la saison sèche, quand les agriculteurs pourraient ne pas avoir à manger, et c’est donc une façon sure de leur faire gagner des revenus supplémentaires. »