Niger : le retour des hommes à la culture du sésame (Par Souleymane Saddi Maâzou pour Agro Radio Hebdo au Niger)

10 Décembre 2012
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Il est midi. Un soleil ardent brûle sur la commune rurale de Dan Tchio dans la région de Zinder à l’est de Niamey, la capitale du Niger. Au bord de la voie, El Hadji Moustapha Babacar, paysan âgé de 56 ans, attend l’arrivée d’un véhicule de transport pour se rendre au marché hebdomadaire de Maigatarari au Nigéria. [Note de l’éditeur : El Hadji est un titre honorifique donné à un musulman qui a accompli le pèlerinage à La Mecque] Devant lui, une importante quantité de sésame attachée en bottes.

Il y a seize années, M. Babacar a abandonné la culture du sésame par faute de débouchés. Dans toute la zone, la filière a été laissée aux mains des femmes. Ces dernières cultivent le sésame sur des petites parcelles à côté des champs de mil juste pour la consommation locale.

Mais depuis trois ans, M. Babacar a réalisé qu’il y a  une forte demande provenant du Nigeria voisin,  Il cultive maintenant le sésame sur les deux-tiers de son champ de quatre hectares. L’autre partie du champ est consacrée à la culture du mil, du sorgho et du haricot pour les besoins alimentaires de sa famille. Dans cette partie sud de la région de Zinder, presque tous les hommes ont fait leur retour dans la culture du sésame. Au niveau de chaque exploitation familiale une grande partie est réservée à la culture du sésame.

Aujourd’hui, le sésame occupe une place importante dans l’économie rurale de cette localité nigérienne frontalière du Nigéria. M. Babacar raconte : « Les acheteurs viennent du Nigéria. Ils parcourent les villages environnants pour acheter le produit. Mais moi je préfère amener mon produit chez eux au Nigéria pour vendre car c’est plus rentable ».

Après avoir soustrait l’argent qu’il a investi dans la culture du sésame, M. Babacar fait environ 800.000 FCFA ou 1600 dollars américains comme bénéfices. Il ajoute : « Depuis trois ans, après chaque vente, j’achète de petits ruminants. Pour moi, c’est une sorte d’épargne ».

Issaka Salifou vient du Nigéria. Il sillonne les villages pour acheter le sésame. Il explique qu’il n y a aucun contrat entre les acheteurs et les producteurs. Il dit aussi que les prix ne sont pas stables et sont fixés par les producteurs en fonction de la demande. Il estime : « Je dépense 5 à 10 millions de FCFA (environ 10 à 15 mille dollars américains) dans l’achat du sésame. Après je revends à d’autres opérateurs économiques […] qui transforme les graines du sésame en huile et en tourteau. »

Moussa Adamou est agent de vulgarisaiton dans la région de Zinder. Il plaide pour une organisation de la filière sésame au Niger.  M. Amadou propose le regroupement des paysans en coopérative. Toutefois il craint l’abandon des cultures céréalières au profit du sésame très rémunérateur. Il déclare : « le sésame représente un potentiel important qui mérite une revalorisation afin de déterminer la production et aussi évaluer les contraintes économiques, écologique et sociales ».

Le Niger n’est pas encore référencé comme pays producteur du sésame. La production nationale reste handicapée par une faible superficie et l’absence de crédit et d’intrants aux producteurs.

M. Babacar compte trouver un crédit auprès d’une caisse rurale d’épargne pour augmenter sa superficie d’exploitation du sésame. Même s’il veut augmenter sa production de sésame, M. Babacar comprend l’importance de cultiver ses propres cultures vivrières. Il dit : « En aucun cas je n’abandonnerai mes cultures de céréales. »