Burkina Faso: Des étuveuses viennent au secours des riziculteurs (par Inoussa Maiga pour Agro Radio Hebdo/ Jade Productions Burkina Faso)

12 March 2012
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En décembre dernier, les femmes de l’Union des étuveuses de riz de Banzon, une localité de l’ouest du Burkina Faso, ont inauguré un nouveau centre d’étuvage du riz. Il s’agit d’un complexe comprenant quatre bâtiments, trois hangars et une aire de séchage. Pour Salimata Sanou, secrétaire de l’Union départementale des transformatrices et étuveuses de riz de Banzon, le centre représente beaucoup. Elle dit : « Depuis plus de 3 ans, on rêvait d’avoir un centre. ».

Ce centre fait également le bonheur de centaines de riziculteurs. Seydou Sawadogo est le président de la Coopérative des riziculteurs. Il témoigne : « Les femmes nous ont été d’un grand secours, pendant un bon nombre d’années, en commercialisant notre riz. L’inauguration du centre d’étuvage vient renforcer le partenariat entre les étuveuses et les riziculteurs ».

Depuis le désengagement de l’État du secteur agricole dans les années 1990, ce sont les étuveuses qui ont permis aux riziculteurs de garder la tête hors de l’eau. Après les récoltes, elles récupèrent le riz paddy qu’elles transforment et commercialisent auprès des consommateurs et des restauratrices.

Mme. Sanou explique que c’est à force de voir des récoltes pourrir faute d’acheteurs que l’Union a vu le jour. Elle déclare : « En 2001, les femmes ont pris l’initiative d’étuver et de revendre le riz sur le marché local. Mais aujourd’hui, nous le vendons sur le marché national et même à l’extérieur. »

Au départ, les femmes travaillaient individuellement, chacune chez elle. Mais au fil des ans, elles se sont organisées en groupements. Aujourd’hui, on dénombre 14 groupements d’étuveuses qui constituent l’Union. Pour les producteurs, l’étuvage n’a que des bénéfices. Les femmes paient le riz paddy comptant ou dans des courts délais. Elles pré-financent souvent les intrants des riziculteurs.

Pendant longtemps, les producteurs étaient floués par des commerçants véreux. Ces derniers prenaient le riz à crédit et disparaissaient dans la nature, sans payer. M. Sawadogo se souvient avec amertume que certains commerçants leur doivent plusieurs dizaines de millions qu’ils ne récupéreront jamais.

Finie à présent la période de galère. Désormais, la coopérative des riziculteurs a fait de l’Union des étuveuses son partenaire privilégié. Les riziculteurs réservent le trois quart de leur production aux étuveuses. De son côté, l’Union s’engage à valoriser le riz des producteurs par la transformation et l’étuvage, au niveau local. Le prix du kilo de riz cette année est de 150 f. Les femmes consentent à ajouter 20 francs à chaque année sur le prix du kilo de riz pour encourager les riziculteurs à vendre leur riz à l’Union.

Pour permettre à l’Union des étuveuses de disposer de liquidités pour le paiement comptant du riz paddy, un fonds de facilité d’accès au crédit de plus de 7 millions de francs CFA a été créé par la Caisse populaire de Banzon.

Grâce à l’étuvage, les femmes ont considérablement amélioré les conditions de vie de leur famille. Seydou Sawadogo confirme : « Au sein de la famille, tout a changé. Aujourd’hui, le producteur a son argent, sa femme mène aussi des activités génératrices de revenus. Les enfants sont contents parce que Maman et Papa peuvent leur offrir ce qu’ils demandent. »