1. Cameroun – Des habitants dénoncent l’exploitation des travailleurs et la mauvaise qualité du riz en provenance de fermes contrôlées par une société chinoise

19 January 2010
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Peu importe les conditions météorologiques, certains travailleurs agricoles de la communauté de Nanga-Eboko, au Cameroun, travaillent sans relâche. Là-bas, deux milles hectares de terres agricoles sont contrôlées par une compagnie chinoise. La société emploie en permanence une dizaine de Chinois pour travailler le sol. On les voit au champ, occupés à désherber, labourer, repiquer et récolter. Parfois, un petit groupe de travailleurs agricoles locaux sont embauchés pour aider.

Un habitant de Nanga-Eboko décrit ses journées de travail sur les terres de la compagnie chinoise. Les journées de travail durent de 8 à 10 heures. Sous la pluie battante ou dans la canicule, le travail ne s’arrête pas. À la fin de la journée, chaque travailleur reçoit 1000 CFA (environ 2,2 dollars américains ou 1,5 euros) pour ses efforts. Cela revient à moins que le salaire minimum garanti au Cameroun, soit un peu plus que 28,000 CFA par mois (environ 62 dollars américains ou 43 euros).

Cet habitant n’est pas seul à être mécontent de la compagnie chinoise. En effet, plusieurs habitants n’apprécient pas la présence de cette compagnie. Sino Cam Iko est le nom de la compagnie chinoise à laquelle l’état Camerounais a cédé des terres agricoles sans consulter les populations locales. Cela inclut 2000 hectares à Nanga-Eboko, 4000 hectares à Ndjoré et 4000 hectares à Santchou. L’accord conclu pour exploiter ces terres est d’une durée de 99 ans.

M. Zhao est le directeur par intérim de Sino Cam Iko. Il dit que les travailleurs devraient en faire davantage pour faire progresser l’entreprise. Mais les travailleurs locaux ne sont pas d’accord. Ils se plaignent plutôt que la compagnie les maltraite.

Un conducteur de taxi-moto qui a brièvement travaillé sur la ferme de Sino Cam Iko dit que les travailleurs locaux ne parviennent pas à se prélasser des fruits de leur labeur. Si des agents de la compagnie surprennent les employées avec une poignée de riz dans leur sac, ils les conduisent directement au commissariat pour vol.

Certains habitants craignent que la compagnie n’exporte les produits récoltés vers la Chine, au lieu de bénéficier aux populations locales. Bernard Njonga est le président de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs. M. Njonga dit qu’il est convaincu que lorsque les terres sont vendues à des investisseurs locaux, la main d’œuvre utilisée est locale et les produits seront écoulés sur le marché local. Mais, avec des investisseurs étrangers, M. Njonga soutient qu’il n’y a aucune garantie.

Jusqu’à présent, Sino Cam Iko vend le riz qu’il fait pousser au Cameroun sur les marchés locaux. Mais certaines personnes refusent de l’acheter, même si ce riz se vend moins cher. Une restauratrice dit que c’est sa manière à elle de dénoncer la présence de la compagnie chinoise. D’autres disent que le riz produit par Sino Cam Iko est de mauvaise qualité à la cuisson.

Le mécontentement des habitants locaux ne semble pas déranger Sino Cam Iko. M. Zhao dit que la compagnie planifie une expansion à travers le Cameroun et même dans toute l’Afrique. Il dit que la compagnie veut aider les populations locales à satisfaire leurs besoins alimentaires et à augmenter leurs revenus. Selon M. Zhao, leur entente avec le gouvernement camerounais fait en sorte que toute la production sera transformée et commercialisée localement. À ce jour, cette promesse a pas pour autant apaiser les craintes des populations locales.